Les relations entre Alger et Paris ressemblent à ces vieux couples qui ne divorcent jamais vraiment, mais qui se déchirent à chaque repas de famille. L’histoire, la mémoire, les blessures et les malentendus s’invitent à la table, brouillant chaque tentative de conversation apaisée. On se jette au visage tantôt des reproches coloniaux, tantôt des leçons de gouvernance, comme si l’autre devait toujours s’excuser avant de parler.
Le problème, c’est que depuis des décennies, la relation bilatérale est parasitée par une hypocrisie mutuelle. Paris feint de croire que l’Algérie est en marche vers l’ouverture démocratique. Alger fait semblant d’admettre que la France est un partenaire naturel, alors qu’elle l’accuse sans cesse de complot permanent. Entre ces deux pôles, la diaspora algérienne, elle, navigue à vue, prise en otage des discours officiels et des récupérations identitaires.
Il faut dire les choses franchement : l’Algérie est aujourd’hui gouvernée par un régime militaire verrouillé, qui n’a pas de comptes à rendre à ses citoyens mais exige que Paris le traite comme un interlocuteur légitime et égal. Or, l’égalité dans les relations internationales suppose une réciprocité : liberté de la presse, circulation des idées, reconnaissance des droits humains. Ce n’est pas le cas.
En face, la France, qui se dit attachée aux valeurs universelles, ménage ce régime au nom de la « stabilité » et des intérêts économiques, tout en multipliant les discours sur la mémoire coloniale. Elle espère amadouer le pouvoir algérien avec des gestes symboliques, alors que celui-ci ne voit dans ces gestes qu’une validation de sa posture victimaire.
Le résultat est connu : un dialogue diplomatique stérile, ponctué de crises de visas, de rappels d’ambassadeurs, de l’arrestation de Boualem Sansal et de querelles protocolaires. Pendant ce temps, les vraies urgences — circulation des jeunes talents, coopération universitaire, échanges culturels, codéveloppement économique — sont sacrifiées sur l’autel de la susceptibilité politique.
Ma conviction est simple : il faut rompre avec cette diplomatie de façade. Dire les vérités, des deux côtés, et accepter qu’une relation adulte ne se fonde pas sur le déni. Paris doit arrêter de couvrir les défaillances du régime algérien par crainte de perdre des contrats gaziers. Alger doit cesser d’instrumentaliser la mémoire coloniale comme alibi pour ses blocages internes.
Il est temps d’un partenariat de vérité ― travailler avec la société algérienne, non pas seulement avec son gouvernement ; bâtir des ponts directs entre universités, associations, villes jumelées ; ouvrir les canaux de la critique constructive, sans peur d’offenser. Et surtout qu’Alger libère Boualem Sansal qui n’est rien d’autre qu’un otage et reprenne ses OQTF qui ne sont ni plus ni moins que ces voyous qui font honte à la diaspora algérienne.
Tant que Paris et Alger resteront prisonniers de leurs tabous, leur relation restera une sorte de théâtre d’ombres. Or, les peuples, eux, vivent dans la lumière du réel : ils veulent voyager, créer, commercer, aimer et apprendre. C’est à eux qu’il faut désormais donner la parole. Le reste n’est que diplomatie de salon.
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