Contribution/ Quels enseignements faudrait-il tirer des résolutions du congrès de la Soummam?

Le texte élaboré par les congressistes de la Soummam en août 1956 nous enseigne sur sa consistance et sa projection post indépendance en mettant en relief certaines résolutions qui fondent l’État algérien dans sa conception moderne.

L’une de ces recommandations est la primauté du politique sur le militaire. Dit autrement, c’est aux Hommes politiques que revient la responsabilité de prendre des décisions et de tracer des stratégies. Les militaires ont pour fonction d’accompagner les résolutions politiques.

Le deuxième point soulevé est la priorité qui est donnée aux acteurs de l’intérieur du pays par rapport à ceux qui sont installés à l’extérieur. En quelque sorte, hiérarchiser la légitimité des décideurs.

La troisième résolution réside dans la nature de l’État futur algérien en excluant la théocratie en séparant le politique des questions religieuses en revendiquant clairement l’instauration d’une république démocratique et sociale. Et c’est pour cela, jusqu’à présent, les militants d’un État théocratique rejette cette conception et résolution de la Soummam. Pas seulement les conservateurs islamistes mais aussi les partisans de la dictature militaire installée depuis 1962.

La quatrième directive concerne le caractère autonome en refusant de se rallier aux divers blocs existant à l’époque pour fonder un État selon des visions qui font référence uniquement à la philosophie et conception algériennes.

Les quatre cardinales résolutions du congrès de la Soummam, on pourrait déduire qu’elles étaient annonciatrices des luttes idéologiques d’aujourd’hui.

Le rejet de ces points cardinaux lors de la réunion du CNRA en août 1957 au Caire était le premier acte contre révolutionnaire qui a ouvert les luttes intestines jusqu’à l’assassinat de l’architecte de la Révolution le 27 décembre en 1957 au Maroc par le MALG dirigé par le sanguinaire Boussouf.

Même pendant la révolution, on évoque déjà le syndrome kabyle à chaque fois qu’une crise émerge depuis la crise berbériste de 1949.

Certes le congrès de la Soummam a été possible que par le compromis historique engendré à la suite des contacts effectués par Abane Ramdane en essayant de dépasser les divergences idéologiques.

Si on veut faire une projection sur la Révolution du 22 février, on peut trouver beaucoup de similitudes. En revendiquant ‘’ L’État civil et non militaire’’ c’est l’équivalent de ‘’ la primauté du politique sur le militaire’’. Le peuple exige la fin de la gouvernance des militaires derrière les rideaux en mettant fin au paternalisme décrété depuis 1962. Les Algériens sont encore considérés comme des sujets et non des citoyens à part entière. Et d’ailleurs, les élections sont toutes organisées à la Naegelen.

Aujourd’hui la Rue revendique aussi une Algérie libre et démocratique. Les citoyens exigent une rupture radicale avec l’ancien système qui est basé sur des valeurs paradoxales. Dans la constitution, on consacre la liberté de culte mais avec un article qui met en exergue l’islam comme religion d’État. On reconnait l’amazighité cependant on décrète l’Algérie terre arabe. Des contrevérités historiques assumées dans la constitution, la loi suprême d’un État.

Aujourd’hui, nous avons besoin d’un compromis historique pour rédiger une convention nationale comme préalable à toute compétition électorale ou rédaction de la prochaine constitution. Une sorte de charte conventionnelle de valeurs démocratiques comme préalables pour refonder l’État algérien à base d’un nouveau contrat social basé sur la citoyenneté.

La démocratie ne peut pas être réduite à l’acte de vote, mais c’est un ensemble de principes préalables qu’il faudrait énoncer. Nous ne pouvons pas continuer à se mentir en laissant les populistes nous dicter leur vision rétrograde. Les valeurs démocratiques sont universelles et universalisables pour toute société qui aspire au ‘’ vivre ensemble’’. On peut énumérer un certain nombre de ces principes : primauté du droit, la séparation du politique du religieux, garantir les libertés individuelles et collectives, l’alternance au pouvoir, l’égalité des sexes, le droit des minorités, la souveraineté au peuple, le droit d’association (associations, partis politiques, …) etc…

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À l’occasion de ce 65 eme anniversaire de l’organisation du premier texte fondateur de l’Algérie moderne, ce serait une opportunité afin de réaffirmer les valeurs défendues par ce visionnaire. Oui pour la rupture systémique et non à l’alternance clanique. Celle-ci est contre révolutionnaire. Dialoguer avec ce régime, c’est lui donner la légitimité qui n’a jamais acquis depuis 1962 car il est la résultante d’une succession de coups d’États et de manœuvres frauduleuses. L’opportunité historique qui se présente aujourd’hui n’est pas à l’heure des concessions avec le pouvoir mais chercher un compromis historique dans la société civile et acteurs politiques.

Kamel AMARI

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