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Mort de Khamenei : quel avenir pour l’Iran ?

La disparition d’Ali Khamenei ne constitue pas seulement l’élimination d’un dirigeant autoritaire. Elle ouvre une séquence historique dont l’issue dépasse l’Iran.

L’offensive israélo-américaine n’a pas seulement visé un homme. Elle a visé la verticalité même d’un régime théocratique fondé sur la sacralisation de son centre. En frappant le sommet, Washington et Tel-Aviv ont cherché à produire un effet de sidération stratégique : démontrer l’invulnérabilité illusoire du pouvoir iranien et installer le doute au sein de son appareil sécuritaire.

Mais une question demeure : la décapitation produit-elle la chute ?

L’histoire contemporaine montre que l’élimination ciblée d’un chef ne garantit ni l’effondrement du système ni la naissance d’un ordre démocratique. La démocratie ne se parachute pas. Elle se construit. Et souvent dans la douleur interne plus que dans l’intervention extérieure.

Les bombes ne fabriquent pas des institutions.

L’Iran entre deux forces

Depuis plusieurs semaines, la rue iranienne exprime une exaspération profonde. La République islamique réprime, exécute, emprisonne. Le régime vacille de l’intérieur, contesté dans sa légitimité même.

Mais une intervention étrangère massive comporte un risque majeur — et paradoxal.

Elle peut d’abord réveiller un réflexe nationaliste puissant. L’histoire iranienne est marquée par les ingérences extérieures. Face à une menace perçue comme étrangère, une partie de la population pourrait se rallier, non par adhésion au régime, mais par instinct de souveraineté.

Elle peut ensuite délégitimer l’opposition interne, en la faisant apparaître — à tort ou à raison — comme l’ombre portée d’intérêts occidentaux. Or aucune transition démocratique durable ne peut naître sous le soupçon d’une tutelle extérieure.

Le peuple iranien aspire à la fin du régime des mollahs. Mais il aspire tout autant à la maîtrise de son destin.
Entre libération et ingérence, la frontière est étroite.
Et c’est précisément dans cet interstice que se joue l’avenir du pays.

Le Liban : théâtre secondaire d’un conflit majeur

Dans cette recomposition régionale, le Liban risque de devenir le terrain d’ajustement stratégique d’un affrontement qui le dépasse. Depuis des décennies, le pays du Cèdre sert de zone tampon, d’espace de projection indirecte des rivalités régionales.

Le Hezbollah, bras armé et relais stratégique de l’influence iranienne, constitue pour Israël une menace militaire directe. Toute tentative de neutralisation préventive de cette force ouvrirait mécaniquement un second front, transformant le territoire libanais en prolongement du conflit irano-israélien.

Mais le Liban n’est pas seulement un espace militaire : c’est un État fragilisé, économiquement exsangue, politiquement fragmenté, socialement épuisé. Une nouvelle confrontation ne ferait qu’approfondir son effondrement institutionnel.

Le risque est clair : que le Liban, une fois encore, ne devienne l’otage d’un affrontement stratégique qui ne se décide pas à Beyrouth.

Dans les guerres asymétriques contemporaines, les théâtres secondaires sont souvent ceux où se paient les coûts humains les plus lourds.

La France : du déclassement au rattrapage contraint

L’Europe — et la France en particulier — ont d’abord donné le sentiment d’être reléguées au rang de spectateurs. Informée a posteriori, absente de la planification initiale, Paris semblait commenter une séquence qu’elle ne maîtrisait pas.

Mais en l’espace de quelques heures, le ton a changé.

Entre bases militaires visées, ressortissants à protéger — plus de 400 000 citoyens français dans les pays du Golfe — et engagements de défense à honorer, la France s’est retrouvée confrontée à une réalité stratégique immédiate. Le discours diplomatique s’est durci. La posture s’est ajustée.

Ce revirement n’est pas anodin. Il révèle la tension permanente entre deux doctrines françaises, celle du multilatéralisme et du droit international et celle de la protection concrète des intérêts nationaux.

Dans les moments de rupture, les principes se heurtent à l’urgence.
Et la diplomatie devient gestion de crise plus que vision stratégique.

La question n’est plus seulement celle de la marginalisation européenne.
Elle est celle de la capacité de la France à peser réellement dans un monde où la décision se prend à la vitesse des frappes.

Russie et Chine : la patience des puissances

La Russie, engagée dans la guerre en Ukraine, ne peut se permettre l’ouverture d’un nouveau théâtre direct. Son capital militaire et diplomatique est concentré sur son front occidental. Pour autant, un Iran affaibli, déstabilisé ou basculant dans l’orbite américaine constituerait pour Moscou un revers stratégique majeur. Téhéran demeure un partenaire militaire, un levier régional et un point d’appui dans la confrontation globale avec l’Occident.

Mais le Kremlin raisonne en termes de temporalité longue : il condamne, observe, jauge. Intervenir frontalement serait coûteux. Laisser s’user ses adversaires pourrait être plus rationnel.

La Chine, de son côté, adopte une posture différente mais complémentaire. Premier acheteur du pétrole iranien, Pékin privilégie la continuité. Son intérêt n’est ni idéologique ni affectif : il est structurel. Une transition chaotique en Iran fragiliserait ses approvisionnements énergétiques, perturberait ses routes commerciales et affaiblirait son influence au Moyen-Orient.

Ni Moscou ni Pékin ne cherchent l’escalade immédiate.
Leur stratégie est celle de la patience stratégique.

Leur silence n’est pas passivité. C’est l’attente d’un point d’inflexion.

Vers une montée des tensions incontrôlable ?

L’élimination ciblée d’un chef d’État ou d’un Guide suprême dépasse le cadre iranien. Elle interroge la nature même de l’ordre international contemporain.

Entrons-nous dans une ère où la souveraineté devient conditionnelle à la conformité stratégique ?
Où un régime jugé hostile, déstabilisateur ou menaçant peut être neutralisé par une frappe préventive, sans mandat formel, sans consensus multilatéral ?

Si tel est le cas, alors aucun pouvoir considéré comme adversaire d’une grande puissance n’est durablement protégé par le principe de non-ingérence.

Mais le raisonnement inverse mérite tout autant d’être posé :
si l’intervention extérieure devient la méthode privilégiée de transformation politique, alors le principe même d’autodétermination s’érode. Une démocratie née sous contrainte militaire porte toujours la marque de sa dépendance initiale.

La question n’est donc pas seulement celle de la chute d’un régime.
Elle est celle de la norme qui s’installe.

Car une doctrine implicite est peut-être en train d’émerger : celle de la décapitation stratégique comme outil ordinaire de régulation des conflits.

Et toute doctrine, une fois admise, finit par s’appliquer au-delà du cas qui l’a vu naître.

Tenir sur le fil : la poésie au bord du vertige et du manque

Dans ce recueil, la poésie de Rita Sferrazza révèle une autre profondeur de son geste : une écriture au bord de la chute, où le désir, l’attente et la perte se mêlent dans un mouvement presque suspendu. Si l’ensemble du recueil est traversé par la lumière, les derniers poèmes en montrent la face crépusculaire, celle où aimer devient un risque, une secousse, parfois une impossibilité.

Une langue du vertige et de l’arrachement

Dès « J’ai fait l’amour avec le vent », la parole se place dans un registre de fusion et de violence douce. Le vent n’est pas seulement un élément naturel : il devient force d’emportement, presque amant cosmique, capable de projeter le sujet « jusqu’au firmament ».

La langue est simple, dépouillée, mais chargée d’une intensité physique. Les verbes — percuter, projeter, arracher — introduisent une dimension d’impact, comme si le désir était vécu comme une expérience limite. Le rythme bref, scandé par des vers isolés (« Encore. », « Ardent. »), accentue cette sensation de vacillement.

On retrouve ici une écriture du souffle, très caractéristique du recueil, mais orientée vers la perte d’équilibre plutôt que vers l’apaisement.

L’attente comme suspension du temps

Il y a des poèmes entièrement structurés par l’attente : attendre que le vent revienne, qu’il « arrache au temps ». Cette formulation est particulièrement forte symboliquement : elle dit le désir d’échapper à la temporalité, de suspendre l’instant avant la fin.

La mention du « dernier instant » introduit une dimension quasi existentielle, presque funèbre, où l’extase et la fin se rejoignent. L’amour y apparaît comme une expérience limite, à la frontière de la disparition.

La forteresse : métaphore de l’impossible accès

Il y a un autre poème qui déplace la tension vers une scène plus intérieure, plus psychique. La « forteresse » devient une image très lisible de la fermeture émotionnelle de l’autre.

Le sujet tente toutes les voies : survoler, chercher des passages secrets, se transformer en « oiseau de liberté ». Cette métamorphose rappelle un motif récurrent du recueil — devenir autre pour atteindre l’autre — mais ici elle échoue. La clé reste introuvable.

La progression du texte conduit vers une question simple et bouleversante : « Ne reste-t-il que les larmes ? » La poésie se dépouille alors de toute image pour atteindre une forme de nudité émotionnelle.

Une symbolique du désir empêché

Ces poèmes fonctionnent comme des variations autour d’un même thème : le désir confronté à l’impossibilité. Le vent incarne la passion fugace, insaisissable et la forteresse représente la fermeture et la distance. L’oiseau symbolise la tentative de liberté et de dépassement et les larmes marquent l’issue, presque inévitable.

Cette symbolique est simple mais efficace, parce qu’elle repose sur des archétypes immédiatement sensibles. Elle donne aux textes une portée universelle, où chacun peut reconnaître l’expérience du manque ou de l’attente.

Une émotion plus nue, presque douloureuse

Par rapport aux poèmes plus lumineux du début du recueil, on observe ici un resserrement émotionnel. La consolation est absente ou suspendue. La voix poétique ne cherche plus à transformer immédiatement la douleur : elle la traverse.

Cette nudité donne aux textes une intensité particulière. Ils semblent plus silencieux, plus fragiles, comme si la parole elle-même hésitait.

Regard critique : la justesse de l’épure

La force de ces poèmes tient à leur économie. La langue est moins foisonnante que dans d’autres passages du recueil, ce qui renforce la tension. Chaque image porte davantage de poids symbolique, et l’émotion apparaît plus directe.

Cette sobriété permet à la poésie de toucher avec une grande justesse, sans surcharge ni emphase. Le registre du manque et du désir empêché est traité avec délicatesse, sans pathos, ce qui confère à ces textes une vraie élégance.

Une autre facette de Tenir sur le fil

Ces poèmes confirment que le recueil ne se limite pas à une poésie de la douceur : il explore aussi l’expérience du heurt, de l’attente et de l’impossibilité d’atteindre pleinement l’autre.

Ils montrent que Tenir sur le fil, c’est aussi accepter l’incertitude du lien, la fragilité du désir, la possibilité de la chute.

Impression d’ensemble

Dans ces pages plus sombres, les dernières du recueil, Rita Sferrazza atteint une tonalité particulièrement émouvante. Sa poésie devient presque un murmure au bord du silence, une parole qui accepte de ne pas résoudre la douleur mais de l’habiter.

Il s’en dégage une beauté fragile, faite d’élan et d’impuissance mêlés, où l’amour apparaît comme une expérience à la fois sublime et vulnérable — un mouvement vers l’autre qui, parfois, ne trouve que l’écho de ses propres battements.

À Sétif, la statue d’Aïn El Fouara a encore été profanée

À Sétif, ma ville natale, la statue d’Aïn El Fouara a encore été frappée. Encore mutilée. Encore profanée.

Un fanatique lui a arraché un bras — comme si la beauté était une faute, comme si la pierre devait payer pour leur haine du monde, pour leur incapacité à supporter ce qui est libre, ce qui est vivant, ce qui échappe à leur peur.

Combien de fois encore ?

Combien de fois faudra-t-il réparer ce que l’obscurantisme détruit avec une régularité sinistre ? Combien de fois faudra-t-il ramasser les morceaux pendant que certains applaudissent en silence, par lâcheté ou par indifférence ?

Assez.

Assez de voir la violence s’acharner sur des symboles sans défense.

Assez de cette brutalité qui ne sait que casser, jamais construire.

Assez de cette haine du corps, de l’art, de la liberté, de tout ce qui respire hors de leur prison mentale.

Il faut le dire clairement, sans trembler, sans détour : l’islamisme est une abjection.

Une mécanique de destruction. Une entreprise de laideur. Une guerre contre l’intelligence et contre la joie. Partout où il passe, il salit, il mutile, il étouffe.

Et ce qui serre la poitrine, au-delà de la colère, c’est cette tristesse profonde — la tristesse de voir encore et encore la beauté traitée comme une provocation, la culture comme une offense, la liberté comme un blasphème.

Car ce n’est pas seulement une statue qu’on attaque.

C’est une mémoire.

C’est une ville.

C’est une idée simple et fragile : celle d’un monde où l’on peut regarder une œuvre sans qu’elle devienne une cible.

Et pourtant, malgré les coups, malgré les cicatrices, elle reste là. Debout. Blessée, amputée, recousue, mais debout. Comme une accusation silencieuse contre ceux qui ne savent exister qu’en détruisant.

Ils peuvent frapper encore. Ils peuvent casser, hurler, profaner.

Ils ne feront jamais disparaître ce qu’elle représente. Parce que la beauté survit toujours à ceux qui la haïssent. Parce que la mémoire est plus tenace que la violence. Parce que la liberté finit toujours par relever la tête.

Et peut-être est-ce cela qui les rend fous : ils détruisent, mais ils ne gagnent jamais.

La laïcité doit avoir le dernier mot

La laïcité n’est pas négociable. Elle n’est pas un slogan, une posture, ni un compromis possible entre revendications communautaires et règles républicaines. Elle est l’étendard de la République, le cadre qui garantit à tous, quelles que soient leurs croyances, la liberté de conscience et l’égalité devant la loi. Sans elle, il n’y a plus de cadre commun, plus d’espace public partagé, plus de citoyenneté.

Aujourd’hui, certains cherchent à la réduire, à l’instrumentaliser, à la contourner au nom de sensibilités particulières. On brandit la diversité pour excuser des pratiques qui fragmentent le collectif, on invoque la tolérance pour imposer l’exception. Mais la République ne peut pas céder. Chaque demande, chaque revendication doit s’inscrire dans son cadre, et non le redéfinir.

La laïcité n’est pas un compromis entre identités. Elle n’a jamais été conçue pour protéger une communauté contre l’État ou une autre communauté. Elle protège la République elle-même, et donc chacun d’entre nous. Toute revendication qui chercherait à imposer une norme particulière au nom d’une appartenance religieuse ou culturelle doit rencontrer son dernier rempart : la neutralité du pouvoir public et l’égalité de tous devant la loi.

Céder à l’exception communautaire, même pour la calmer, c’est accepter la fragmentation du lien civique. C’est créer des poches où le droit commun ne s’applique plus, où l’intérêt général s’efface au profit d’intérêts particuliers. Et c’est ouvrir la porte à l’affaiblissement du contrat républicain.

C’est pourquoi défendre la laïcité aujourd’hui ne signifie pas ménager des sensibilités. Cela signifie rappeler, avec fermeté, que le cadre républicain prime toujours. La liberté de conscience, le droit d’exister dans sa croyance, s’arrêtent là où commence le respect du cadre commun. La laïcité doit avoir le dernier mot, toujours, contre toute forme de communautarisme qui tenterait de l’affaiblir.

Car si nous cédons, ne serait-ce qu’un instant, la République ne protège plus rien. Et c’est elle, avec sa laïcité, qui doit rester notre seule et dernière référence.

Quand les rumeurs s’emballent

Il arrive que l’indignation précède la vérification. Que la fidélité à un homme, à un combat, à une idée, pousse à parler trop vite. Ce réflexe n’est pas toujours condamnable : il dit quelque chose de l’attachement, de la solidarité, du refus de l’injustice. Mais il comporte un risque majeur, celui de transformer une rumeur en fait, et une émotion légitime en affirmation infondée.

L’annonce de la prétendue déchéance de la nationalité algérienne de Boualem Sansal s’inscrivait dans ce registre trouble, où l’information circule plus vite que sa confirmation. Dans un contexte politique déjà saturé de tensions, elle a trouvé un terrain propice à l’emballement : réseaux sociaux, commentaires indignés, reprises médiatiques successives par pratiquement tous les journaux de France et de Navarre. J’y ai réagi avec colère, mais aussi avec fidélité — fidélité à un écrivain, à une trajectoire, à une exigence morale qui refuse l’arbitraire et l’humiliation.

Cette réaction, je l’assume dans son intention. Mais je dois aussi en reconnaître les limites.

Car entre-temps, j’ai pu m’entretenir directement avec Boualem. Et ses paroles appellent à la retenue, à la précision, au respect scrupuleux des faits. Il m’a précisé : « que cette déchéance n’est, à ce stade, qu’une rumeur. Elle serait née à Alger, une semaine après sa libération, dans certains journaux algériens, avant de se propager sur les réseaux sociaux. Il a évoqué cette situation lors d’une rencontre avec des lycéens du 9ᵉ arrondissement, organisée par Valérie Pécresse. Une journaliste du Figaro, présente à cette rencontre, a relayé l’information en toute bonne foi. »

Ces mots changent la nature même du débat. Ils ne dissipent pas les inquiétudes — l’histoire récente montre que certaines rumeurs deviennent parfois des décisions — mais ils interdisent toute affirmation prématurée. En démocratie comme en conscience, l’exactitude n’est pas un luxe, c’est une obligation. Dont acte !

Dès lors, la seule attitude juste consiste à suspendre le jugement public, à retirer les propos qui pourraient entretenir la confusion, et à attendre. Attendre une confirmation officielle. Ou un démenti clair des autorités algériennes. Rien de plus. Rien de moins.

Ce retrait n’est ni un renoncement ni une capitulation. C’est un acte de loyauté — envers la vérité d’abord, envers Boualem ensuite, et envers ce que l’universalisme signifie réellement ― la primauté du droit sur l’émotion, des faits sur les rumeurs, de la dignité sur la précipitation.

Dans des temps où la parole publique est trop souvent sommée de choisir un camp avant de vérifier, il est salutaire de rappeler que se taire, parfois, est une forme de courage. Et que corriger, retirer, reconnaître une erreur de temporalité n’affaiblit pas une cause, cela la rend plus juste.

Par respect pour la vérité et respect pour l’amitié qui me lie à Boualem Sansal.

Par loyauté pour la vérité et loyauté à cette grande amitié avec Boualem Sansal.

Boualem Sansal officiellement immortel

Trois mois après sa libération en Algérie, Boualem Sansal a été officiellement reçu à l’Académie française. L’écrivain franco-algérien rejoint ainsi le cercle des « Immortels », consacrant un parcours littéraire et intellectuel marqué par l’indépendance d’esprit, la rigueur morale et une parole longtemps tenue à distance — voire combattue — de l’autre côté de la Méditerranée.

Une consécration après l’épreuve

La solennité de la réception tranche avec la violence symbolique des mois précédents. La détention de Boualem Sansal en Algérie avait rappelé, une fois de plus, le prix payé par les écrivains qui refusent la soumission idéologique. Sa libération récente, suivie de cette entrée sous la Coupole, donne à l’événement une portée qui dépasse la seule reconnaissance académique : c’est une réhabilitation morale et un signal adressé à tous ceux qui persistent à écrire contre les dogmes.

Une œuvre de lucidité et de courage

Romancier, essayiste, intellectuel engagé, Boualem Sansal a construit une œuvre sans concessions, interrogeant les dérives autoritaires, l’islamisme, la mémoire falsifiée et les impasses du monde arabe contemporain. Ses livres — traduits, discutés, parfois interdits — ont fait de lui une figure centrale du débat intellectuel francophone. Son style, sobre et incisif, s’est toujours refusé au confort des ambiguïtés.

L’Académie française, un geste politique autant que littéraire

En accueillant Boualem Sansal, l’Académie française ne se contente pas d’honorer un écrivain : elle affirme une ligne de principe. Celle de la liberté de création, de la primauté de la pensée critique et du refus des pressions politiques ou religieuses. Cette réception, intervenue peu après une détention arbitraire, résonne comme un rappel : la littérature n’est pas un ornement, mais un contre-pouvoir.

Un symbole pour les écrivains bâillonnés

Au-delà de l’homme et de l’œuvre, cette intronisation porte un message plus large. Elle rappelle que la langue française reste un espace de résistance pour celles et ceux que l’on tente de réduire au silence. En devenant « immortel », Boualem Sansal offre une victoire symbolique à tous les écrivains opprimés, en Algérie et ailleurs, qui continuent de croire que la vérité se paie parfois cher, mais qu’elle finit par trouver refuge.

Boualem Sansal est désormais immortel. Non par privilège, mais parce que sa voix, forgée dans l’épreuve, a prouvé que la littérature peut survivre aux prisons, aux interdits et aux intimidations — et, parfois, les vaincre.

Entretien avec Razika Adnani : l’islam politique à l’épreuve de la révolution iranienne

Alors que l’Iran traverse l’une des crises politiques et sociales les plus profondes de son histoire récente, la philosophe et islamologue Razika Adnani analyse les racines de l’islam politique, ses impasses structurelles et les conditions nécessaires à une rupture durable entre religion et pouvoir.

Dans cet entretien accordé à Tazzuri, la lauréate du Prix Sciences et Laïcité 2025 pour son dernier ouvrage Sortir de l’islamisme ?  revient sans détour sur la révolution iranienne, la place des femmes, la violence des régimes islamistes et l’urgence d’une réforme interne de l’islam.

Assiste-t-on aujourd’hui en Iran à une révolution politique classique, ou à une rupture plus profonde avec l’islam politique lui-même ?

Razika Adnani : On assiste à une révolution politique dont l’un des objectifs importants est d’en finir avec l’islam politique de la « vilayet el faqih » de Khomeiny. Cependant, cette rupture profonde avec l’islam politique ne peut se faire sans un travail au sein de l’islam pour le séparer de sa dimension politique. La fin de l’islam politique n’est pas uniquement une question de révolution politique, mais surtout de révolution culturelle et humaine qui provoque et engendre la révolution religieuse.  C’est une condition nécessaire pour en finir avec l’islam construit, il y a des siècles, par les anciens afin de construire un autre islam plus compatible avec les attentes des populations musulmanes, notamment des jeunes, et les valeurs de l’humanisme.

L’incapacité du monde musulman de mener cette révolution culturelle et humaine et cette réforme de l’islam a fait qu’aucune révolution politique n’a pu arriver à cette rupture avec l’islam politique.

Ils ont, dans leur grande majorité, remplacé un islam politique, c’est-à-dire qui organise le culte et en même temps la société et l’État, par un autre islam politique.

Peut-on encore gouverner durablement un pays au nom de la religion lorsque celle-ci est perçue par une partie croissante de la population comme un instrument d’oppression ?

Razika Adnani : Logiquement plus la population considère que la religion est un instrument d’oppression plus il est difficile à l’État de l’utiliser pour gouverner et la séparation entre le religieux et le politique s’impose.

Cependant, si le peuple considère que c’est la manière de l’État de pratiquer la religion qui est la cause de l’oppression et non pas la religion, celle-ci continuera à être un moyen de gouvernance. C’est ce qu’on a constaté dans toute l’histoire des musulmans. Il y a souvent eu des révoltes contre des gouvernements musulmans considérés comme injustes et oppresseurs, mais pas contre le fait que la religion intervienne en politique. Nous l’avons constaté aujourd’hui en Syrie, en Irak, en Libye et dans d’autres pays à majorité musulmane. Les musulmans, dans leur grande majorité, ont adhéré au discours des conservateurs qui place les problèmes sociaux, économiques et politiques en dehors de l’islam. Pour eux, ce sont les musulmans qui ont mal compris son message qui sont la cause des problèmes et non l’islam, ce qui entrave toute évolution de la religion musulmane.

Aujourd’hui, c’est au concept d’islamisme, tel qu’il a été forgé au XXe siècle par des universitaires français, qu’une grande partie des politiques dans les pays musulmans a adhéré.  Il est représenté comme étant la cause de tous les problèmes. Le problème, c’est qu’il est considéré comme étant d’islam politique qui n’aurait aucun lien avec l’islam et qui serait né à l’époque contemporaine et pour beaucoup avec la naissance de la confrérie des Frères musulmans. Non seulement, ce concept met lui aussi l’islam à l’abri de tout regard critique, mais il transforme également la lutte contre l’islamisme à une lutte contre les Frères musulmans. Or, si les Frères musulmans font certes partie de l’islam politique, ils ne représentent pas l’islam politique.

De ce fait, interdire les Frères musulmans ne mettra pas fin à l’islam politique ni même à leur idéologie.

Les femmes occupent une place centrale dans la contestation iranienne, à la fois comme actrices visibles et comme cibles privilégiées de la répression. Peut-on dire que cette révolution remet en cause, plus profondément que les précédentes, le rapport entre islamisme, pouvoir et contrôle du corps des femmes ?

Razika Adnani : Il n’est pas nouveau ni en Iran ni dans les autres pays musulmans qu’un mouvement politique révèle le lien entre islamisme, pouvoir et contrôle du corps des femmes. L’islamisme qui est un islam politique, autrement dit qui organise la société et l’État, est de ce fait naturellement lié au pouvoir.

L’islamisme est également un patriarcat qui ne peut exister sans soumettre les femmes.

Il suffit d’observer comment tous les pays qui déclarent l’islam comme religion de l’État, donc qui pratiquent un islam politique, imposent les règles juridiques de la charia principalement dans le domaine de la famille pour justement soumettre les femmes à la domination masculine.  Par ailleurs, les écrits des premiers siècles de l’islam montrent que le Droit musulman est constitué d’un grand nombre de règles qui ont comme finalité la soumission des femmes qui passe par le contrôle de leur corps.

En 1979, Khomeiny a installé son pouvoir en imposant le port du voile aux femmes pour contrôler leur corps et dans les années 1990, les islamistes algériens ont commencé leur activisme en voulant également contrôler le corps des femmes.

La révolte des femmes iraniennes contre le patriarcat est devenue plus déterminée depuis l’assassinat de Mahsa Amini. Les Iraniennes ont un courage inouï et une maturité exemplaire.  Elles montrent qu’il y a un fossé culturel entre le peuple et les dirigeants, que la révolution islamiste s’est imposée par la violence et avec l’aide des pays occidentaux et que la majorité du peuple, notamment les femmes, ne s’est jamais soumise aux règles des mollahs.

Elles donnent au monde entier la preuve concrète que le pouvoir des islamistes, pas seulement en Iran, mais également dans tous les pays musulmans, est fondé sur l’oppression des femmes et le contrôle de leurs corps.

Le pouvoir iranien repose sur un clergé chiite organisé. Cette structure religieuse est-elle un facteur de solidité du régime ou, au contraire, son principal point de fragilité face à la contestation ?

Razika Adnani : L’Etat iranien repose sur l’islam chiite et sur la doctrine de wilayet al-faqih élaborée par Khomeiny. Or, un État qui se veut islamique, c’est-à-dire qui applique les règles du Droit musulman se retrouve naturellement et automatiquement fragile. Pourquoi ? Parce qu’en islam, il y a plusieurs islams et que les musulmans n’ont jamais été tous d’accord sur un même islam. Donc, logiquement il y a toujours ceux qui rejettent la conception de l’islam de l’État en prétendant que ce sont eux qui détiennent la vraie vérité divine. Les États musulmans, se sont, depuis la mort du prophète, toujours retrouvés face à des groupes revendiquant un islam plus pur et qui les ont fragilisés. Quand un État pense lui aussi détenir la vérité divine absolue et pour l’imposer utilise la répression contre ceux qui refusent de s’y soumettre, il se fragilise en dispersant ses forces au lieu de se concentrer sur les problèmes économiques, culturels et réellement politiques. C’est la réalité triste de l’Iran aujourd’hui.

Les régimes islamistes semblent souvent incapables de survivre sans répression. Cette violence est-elle, selon vous, accidentelle ou structurelle à l’islam politique ?

Razika Adnani : C’est une violence structurelle. Comme je viens de le dire, un régime islamiste, c’est -à-dire celui qui ne sépare pas l’islam de la politique, applique le Droit musulman. Or, celui-ci est constitué d’un nombre important de règles qui permettent la violence et la légitiment. Parmi ces règles, il y a entre autres le principe de l’obéissance qui est d’ordre social, moral et politique. Il y a aussi le principe d’ordonner le bien et de dénoncer le mal.

La police des mœurs qu’on retrouve en Iran et en Arabie saoudite, et dans beaucoup d’autres pays musulmans, a comme fonction de veiller au respect de ce dernier. Plusieurs scandales ont éclaté en Arabie saoudite au sujet de la violence de cette police qui a obligé l’État a limiter son rôle mais sans l’abolir. Dans le chiisme duodécimain, doctrine officielle de l’État en Iran, ce principe d’appeler au bien et de dénoncer le mal figure parmi les 10 principes de la pratique de l’islam. Chacun croit alors qu’il a le devoir de se mêler de la vie de l’autre pour l’empêcher de faire le mal. L’Iran l’a également inscrit dans l’article 8 de sa Constitution. Même si cela varie selon le degré de l’extrémisme religieux, les régimes islamistes utilisent l’islam comme un instrument d’oppression et un moyen qui leur permet d’attribuer une légitimité et une valeur morale à leur violence. Et comme je le dis dans mon ouvrage « La nécessaire réconciliation » :

« quand la violence se moralise, rien ne l’arrête ».

L’Iran a exécuté en 2025 plus de 1500 jeunes. Il s’appuie pour cela sur le verset 33 de la sourate 5, la Table Servie, qui dit : « La récompense de ceux qui mènent la guerre à Dieu et à son messager et de ceux qui sèment le désordre sur la terre qu’ils soient tués ou crucifiés et que leurs mains et leur pieds opposées soient coupés ou qu’ ils soient expulsés du pays ». L’État iranien considère que ces jeunes sèment le désordre sur terre parce qu’ils manifestent contre son pouvoir.

Le pouvoir iranien invoque régulièrement l’Occident ou Israël pour discréditer la contestation. Ce récit fonctionne-t-il encore face à une population qui réclame avant tout liberté et dignité ?

Razika Adnani : L’Occident et Israël, considéré comme faisant partie de l’Occident, sont évoqués dans les ouvrages de Khomeiny écrits dans les années 1960. Les invoquer aujourd’hui pour discréditer la contestation n’est donc pas nouveau, mais ne fonctionne plus pour une grande partie de la population assoiffée de liberté et de dignité. Par ailleurs, l’Iran est un pays où l’État tue sa population.

Pour les Iraniens l’ennemi n’est aujourd’hui plus l’Occident ni Israël, mais le pouvoir. C’est lui qui tue leurs enfants, qui les arrache à leurs parents pour l’exécuter.

La violence de l’État à l’égard de son propre peuple a atteint des proportions alarmantes et inhumaines et a fait qu’il est impossible qu’il y ait une réconciliation entre le peuple et le régime.

Ibn Khaldûn (1332-1406) dans le chapitre « Trop de sévérité dans un souverain nuit ordinairement à l’empire » de sa Mouqqadima, explique que le plus important dans la solidité d’un empire est la relation qui existe entre le souverain et la population. Pour lui, si la relation est bonne, elle se répercute positivement sur le peuple et sur l’empire. Cependant, si elle est mauvaise, elle nuit au peuple et entraine la ruine de l’empire.  Une des causes de cette ruine de l’empire est que le peuple, dont la relation avec son souverain est mauvaise, peut facilement l’abandonner au moment où l’État est en difficulté. Ibn Khaldûn était un fin observateur de la réalité des États de son époque.

Si le régime venait à tomber, le religieux peut-il rester une référence politique centrale en Iran, ou la révolution ouvre-t-elle la voie à une séparation durable entre religion et pouvoir ?

Razika Adnani : Il est difficile de dire ce que feraient les Iraniens si le régime tombait. Cependant, sans cette séparation entre le religieux et le politique, autrement dit si le religieux reste une référence politique, la révolution sera un échec.

Toutes les révoltes dans le monde musulman n’ont débouché sur aucune vraie révolution sociale et culturelle de ses sociétés bien au contraire. Non seulement, elles n’ont pas réussi à provoquer le changement nécessaire au sein de l’islam pour que les réformes sociales et politiques soient possibles, mais elles ont également produit davantage de conservatisme.

La séparation entre l’islam et la politique passera nécessairement par une révolution interne de l’islam sans laquelle la révolution politique ne suffira pas.

La révolution iranienne marque-t-elle, selon vous, une crise profonde de l’islam politique au pouvoir, au-delà même de l’Iran ? 

Razika Adnani : Il s’agit d’une crise de l’islam qui a commencé dès la mort du prophète lorsque ses compagnons se sont disputés pour sa succession et que beaucoup d’autres événements politico-religieux ont accentuée.

Quant à l’’islam politique, il n’a jamais été aussi fort depuis le début du XXe siècle. Les États musulmans n’ont jamais introduit autant de règles de l’islam dans leurs systèmes juridiques et politiques. Certains, comme l’Afghanistan, la Syrie et la Libye, ont fait carrément un saut en arrière effaçant la période de la nahda de leur histoire.  Le monde musulman connaît, depuis le début de ce siècle, une consolidation du religieux comme moyen pour exercer la politique, c’est-à-dire de l’islam politique.

L’idée d’interroger l’islam ou de le réformer, qui est nécessaire pour créer le changement politique, culturel et humain réel et profond, a pratiquement disparu non seulement dans le monde musulman, mais aussi en Occident. Or, ne pas réformer l’islam pour le séparer de la dimension politique consolide le conservatisme, et l’islamisme est un conservatisme.

Iran/UE : l’Italie veut classer les Gardiens de la Révolution comme organisation terroriste

L’Italie a annoncé son intention de proposer à l’Union européenne l’inscription du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI) sur la liste européenne des organisations terroristes. Une initiative lourde de conséquences diplomatiques et politiques, qui marque un durcissement clair vis-à-vis du régime iranien, accusé d’une répression d’une ampleur exceptionnelle contre sa propre population.

Rome souhaite ainsi pousser ses partenaires à franchir un seuil jusqu’ici évité par l’UE. Classer le CGRI comme organisation terroriste impliquerait notamment le gel des avoirs, des interdictions de déplacement et une rupture assumée avec l’appareil sécuritaire du régime iranien. Pour l’Italie, il s’agit d’un signal politique fort face à ce qui est présenté comme une « crise humanitaire » et « géopolitique majeure ».

En France, un silence assourdissant

À l’inverse, en France, aucune mobilisation nationale d’ampleur, aucune marche humanitaire significative, ni position politique forte ne semblent émerger en soutien au peuple iranien, pourtant soumis à une dictature théocratique qui écrase toute contestation. Selon plusieurs sources, plus de 20 000 morts seraient déjà à déplorer.

L’ampleur de la répression est telle que certains observateurs la comparent au pire massacre de civils désarmés par leur propre gouvernement depuis la tuerie de Hama en 1982, perpétrée par le régime syrien de Hafez el-Assad. Une comparaison lourde de sens, qui souligne la gravité de la situation actuelle en Iran.

David Lisnard, une voix dissonante dans le paysage politique français

Dans ce contexte d’indifférence générale, David Lisnard, président de Nouvelle Énergie, vice-président des Républicains, maire de Cannes depuis 2014 et président de l’Association des maires de France depuis 2021, fait figure d’exception.

Sur sa page X, il qualifie le silence des dirigeants français et européens d’« infamie ». Il dénonce une indifférence mondiale qu’il juge moralement et politiquement intenable, et appelle explicitement à soutenir les manifestants iraniens, victimes d’une répression systématique. David Lisnard plaide également pour l’inscription des Gardiens de la Révolution sur la liste des organisations terroristes, tout en soulignant les obstacles procéduraux et les conséquences diplomatiques d’une telle décision.

Une rare prise de position assumée

Dans un paysage politique français largement discret sur la question iranienne, David Lisnard se positionne ainsi parmi les rares responsables politiques à assumer publiquement un soutien clair aux manifestants iraniens et à dénoncer sans détour la nature du régime en place. Sa prise de parole contraste avec la prudence — voire l’inaction — observée au plus haut niveau de l’État et chez de nombreux responsables européens.

Alors que l’Italie tente d’entraîner l’Union européenne vers une ligne plus ferme, la question demeure : combien de morts faudra-t-il encore pour que l’Europe sorte de sa torpeur et regarde enfin la réalité iranienne en face ?

Islamo-gauchisme assumé au Parlement français

Le 22 janvier, le Parlement français a tranché. En actant l’inscription des Frères musulmans comme organisation terroriste, la représentation nationale a posé un acte politique majeur. Ce vote marque une rupture nette avec des années d’ambiguïté et de contournement sémantique. La République a choisi de nommer ce qu’elle combat.

Depuis trop longtemps, la France s’attaquait aux conséquences de l’islamisme sans jamais désigner clairement son infrastructure idéologique. Dissolutions périphériques, poursuites individuelles, discours prudents : tout, sauf la désignation du cœur du projet. Cette séquence est désormais close.

Car l’islamisme ne se réduit pas au terrorisme armé. Il s’inscrit dans une stratégie de long terme : entrisme associatif, pression communautaire, contournement des lois, remise en cause progressive de la souveraineté populaire. C’est cette stratégie globale que le Parlement a choisi de qualifier.

Mais ce vote a produit un autre effet, tout aussi politique : il a clarifié les positions.

Il faut en effet être aveugle pour ne pas voir, dans les agissements de La France insoumise et d’une partie de la gauche, une compromission persistante avec l’islamisme. Cette dérive a été récemment documentée par le rapport de la commission d’enquête parlementaire sur les liens entre partis politiques et organisations islamistes. Le vote du 22 janvier en a fourni la confirmation la plus nette.

En refusant de voter l’inscription des Frères musulmans comme organisation terroriste, La France insoumise, Europe Écologie Les Verts et le Parti communiste français ont fait un choix explicite. Il ne s’agit ni d’une interprétation ni d’un procès d’intention. Il s’agit d’un fait parlementaire, consigné et vérifiable.

À ce stade, le débat sort du champ théorique. Lorsqu’un texte engage la protection de l’ordre républicain et que certains groupes politiques choisissent de voter contre — ou de s’abstenir — ils assument une ligne. Ce refus constitue un islamo-gauchisme assumé, non par discours, mais par vote. Les mots importent peu : l’acte parlementaire suffit.

Il convient de le rappeler clairement : ce combat contre l’entrisme, l’islamisme et l’islamo-gauchisme n’est dirigé ni contre une religion ni contre une communauté. Il s’agit d’un combat républicain, indispensable à la survie de la démocratie dans un contexte de compromissions idéologiques répétées.

En relativisant l’islamisme jusque dans l’hémicycle, ces formations ont franchi un seuil. Elles ont confondu défense des libertés et refus de nommer un adversaire idéologique clairement identifié. En démocratie, cette confusion a un coût politique.

Le Parlement, lui, a parlé. Mais nommer l’adversaire crée une obligation. Cette décision n’aura de sens que si elle s’accompagne d’actes cohérents : contrôle rigoureux des financements, dissolution effective des structures relais, vigilance accrue sur les réseaux d’influence et protection ferme des libertés individuelles face aux pressions idéologiques.

S.K.

Canada – Québec : À la recherche d’un Premier Ministre !

Canada – Québec

« Pour le bien de mon parti et surtout pour le bien du Québec, j’annonce aujourd’hui que je vais quitter mon poste de premier ministre du Québec. »

Cette phrase, prononcée d’un ton solennel par François Legault, restera sans doute dans la mémoire des Québécois.

Elle a surpris plus d’un en ce début d’année. Alors qu’il semblait engagé dans une démarche électoraliste pour briguer un autre mandat, sa décision de jeter l’éponge aurait mûri pendant les congés des fêtes.

De la bouche de son ministre de l’Éducation, Bernard Drainville, on apprend qu’il s’agit d’une annonce à laquelle aucun membre de l’entourage du gouvernement ne s’attendait.

Justement, ce dernier vient d’annoncer sa candidature pour reprendre le poste en deux étapes : être choisi comme chef de la CAQ (Coalition avenir Québec), puis être élu premier ministre à l’issue d’une confrontation entre les différentes formations politiques de la province. Un transfuge issu du Parti québécois, formation souverainiste.

Une candidature qui ne fait pas l’unanimité au sein de la famille politique. Face à lui, une femme est pressentie pour reprendre les rênes : Christine Fréchette. Dans les médias et sur les réseaux sociaux, on ne semble parler que d’elle en bien. Elle a su démontrer sa détermination et son courage à chaque occasion dans l’exercice de ses fonctions. Élue députée de Sanguinet sous la bannière de la CAQ lors des élections générales de 2022, elle occupe depuis les postes de ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, ainsi que de ministre responsable de la région de la Montérégie. Au vu de sa carrière professionnelle et politique, elle dispose d’un solide parcours, ayant toujours été impliquée dans des organisations économiques liées aux affaires gouvernementales et internationales.

Sans doute une expérience qui lui sera utile pour diriger la province.

Voilà tout un défi pour celui ou celle qui parviendra à ce poste, dans un contexte politique particulièrement tendu. Les menaces politiques et douanières américaines envers le Canada, l’immigration, l’économie, les relations entre le fédéral et le provincial, ainsi que d’autres enjeux liés à la situation sociale des familles québécoises sont autant de dossiers brûlants sur la table du futur premier ministre.

Elle ou il devra également composer avec des figures comme Mark Carney, un libéral de naissance, qui a tenu tête à Donald Trump à Davos par un discours porteur d’espoir pour de nombreux Canadiens et pour la communauté internationale, dans un climat politique et sécuritaire très complexe.

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