Libye/ Quasi report de l’élection présidentielle et des scénarios pour l’après 24 décembre

Selon le calendrier officiel arrêté par le gouvernement de transition sous l’égide des Nations unies, la première élection post-Kadhafi doit se tenir vendredi prochain, 24 décembre 2021. Sur le terrain, tout indique cependant que ce vote, une présidentielle qui devrait ouvrir à des législatives courant 2022, n’aura pas lieu à la date prévue.

Même si les autorités de transition dans le pays voisin n’ont fait jusqu’à hier aucune déclaration sur ce report désormais quasi certain, le climat local n’est même pas celui d’une campagne. En l’absence d’une liste officielle des candidats en lice (ils sont dix-sept actuellement à vouloir briguer la présidence libyenne), les conditions de cette pré-course qui devait permettre aux prétendants de défendre leurs vues et leurs programmes face au suffrage populaire n’ont jamais été réunies depuis que l’Exécutif de transition s’est fixé pour ordre du jour l’organisation des élections présidentielle et parlementaire. Ce double scrutin, dont la date a été modifiée en octobre 2021 pour une présidentielle à la fin de cette année et des législatives en janvier 2022, est censé créer un nouvel ordre institutionnel et politique en Libye, et la garantie de ne plus tomber dans le piège d’une dictature ou d’une force politique hégémonique tentée de revenir à l’ère d’avant le soulèvement de 2011. Dans ce contexte, et à quatre jours de l’expiration du délai fixé pour la tenue de l’élection du 24 décembre, un drôle d’ambiance politique s’est installée en Libye. Si tous les candidats en lice se montrent résignés à un report de la date du scrutin, aucune institution ne semble disposée à prendre la responsabilité de l’annoncer officiellement. En conflit (un parmi d’autres sur un terrain libyen miné), la Haute commission électorale (HNEC) et le Parlement basé à Tobrouk estiment chacun qu’il revient à l’autre de le faire. Pour confirmer cette observation, le chef de la HNEC Imad el-Shadelli al-Sayeh a déclaré hier qu’« il n’y avait aucun problème technique à tenir les élections à la date prévue ». « Techniquement, nous n’avons aucun problème pour tenir les élections à la date prévue (…) Il n’appartient pas à la commission électorale d’annoncer le report des élections, seul le Parlement est habilité à donner l’ordre de les annuler ou les reporter », rapporte l’agence de presse libyenne. Imad el-Shadelli al-Sayeh semblait répondre au communiqué des dix-sept candidats en lice. Par l’intermédiaire de leur porte-parole qui l’a lu devant la presse, ils ont demandé à la HNEC de rendre publiques « les raisons pour lesquelles il n’y aura pas d’élection à la date prévue ». Abdelhakim Abdellah Swihel a en outre appelé la Haute commission électorale à « publier la liste finale des candidats à l’élection présidentielle », une requête à laquelle il n’y a pas de réponse hier.
Un terrain miné
Pour les raisons, certaines sont connues depuis plusieurs mois déjà à l’exemple de la loi électorale pour laquelle le Parlement de Tobrouk a été accusé de l’avoir tissé en septembre 2021 pour le seul bénéfice du candidat et homme fort de la Cyrénaïque, le maréchal autoproclamé Khalifa Haftar, dont les ambitions de s’accaparer le pouvoir y compris par la voie des urnes inquiètent de nombreux courants en Libye. La candidature d’abord refusée puis acceptée par la HNEC du fils de l’ancien dictateur Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam Kadhafi, a accentué, elle aussi, le malaise. La montée en puissance du Premier ministre Abdelhamid Dbeibeh, a fini par jeter le trouble sur le sort du calendrier électoral. L’actuel chef du gouvernement de transition avait déclaré à son arrivée à la tête de l’Exécutif ne pas vouloir se présenter au scrutin pour veiller à la neutralité de l’opération et sa légitimité locale. Le 21 novembre 2021, il a annoncé avoir changé d’avis et se présenter avec l’appui de puissants hommes d’affaires de Misrata, de Khaled Méchri, président du Haut Conseil d’État (parlementaire consultatif), du Parti de la Justice et de l’Edification (d’obédience islamique) et d’Ankara surtout, qui soutient militairement et stratégiquement Tripoli. Contre les forces de la « contre-révolution » incarnées par Haftar et le camp de Tobrouk et contre les forces de l’« ancien régime » représentées par Seif al-Islam Kadhafi, le Premier ministre Dbeibeh avance ses pions derrière la figure du porte-parole et candidat de la « révolution » du 17 février 2011 bien qu’il fut au temps du Guide directeur général de la Compagnie libyenne pour le Développement et l’Investissement (Holding gouvernemental). D’autres éléments confortent, bien sûr, la thèse du report des élections du 24 décembre prochain, telle la question sécuritaire qui inquiète les pays du voisinage notamment. Sauf coup de théâtre de dernière minute, tous mettent les Libyens devant trois scénarios possibles : Primo : le report de quelques jours de la date du scrutin avec la publication par Haute commission électorale de la liste définitive des candidats. Ce sera alors un décalage administratif comme semble le souhaiter plusieurs partenaires occidentaux de la Libye, les Etats-Unis en tête. L’appui technique que fournit son agence pour le développement international (USAID) à la Haute commission électorale libyenne permettra la tenue d’« élections libres et équitables qui reflètent la volonté des électeurs », a déclaré hier lundi l’ambassadeur américain à Tripoli, Richard Norland. Deuxio : le report de plusieurs semaines, voire plusieurs mois du scrutin pour amender à nouveau la loi électorale qui devrait conduire à la disqualification de Seif al-Islam Kadhafi et du Premier ministre Dbeibeh. Tertio : l’effondrement du processus politique de recherche de normalisation élaboré depuis des années et du calendrier électoral annoncé le 20 novembre 2020 par la cheffe de la mission onusienne en Libye l’américaine Stephanie Williams.

Source : Rapportes

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