Fermeture de Liberté : Issad Rebrab s’explique

Chers collègues, chers amis, chers lecteurs et chers concitoyens.
C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. J’ai passé près de 30 ans de ma vie à vos côtés à travers ce journal, et en dépit des moments difficiles que nous avons pu traverser, je peux affirmer que j’ai vécu cette période avec beaucoup de plaisir.
Ma décision d’arrêter le journal Liberté a soulevé une vague d’émotion et de protestation. Je comprends le sentiment de ceux, si nombreux, qui refusent de consentir à l’extinction d’un support dévoué de la liberté d’expression, d’une citadelle de lutte démocratique et d’un témoin qui a accompagné, jour après jour, un long épisode de l’Histoire récente de notre pays.


Aux concitoyens et amis du journal ayant exprimé leur souhait de voir sa parution se poursuivre et à ceux n’en ayant pas compris les motifs, je confirme que sa situation économique ne lui permet qu’un court et vain sursis. Ce quotidien d’information a été proposé à la vente mais il a été victime, comme beaucoup de supports de presse, de l’évolution mondiale des comportements des lecteurs qui s’oriente vers la presse électronique. Le problème procède autant de l’état général récessif de la presse papier que du contexte commercial qui prive le journal de la contribution de vitales annonces publicitaires et de l’amenuisement accéléré du lectorat. Depuis un temps, le journal est distribué à perte. Et la perspective n’est point encourageante. La décision est aussi à replacer dans un contexte plus large d’évolution dans l’organisation des activités que j’ai, jusqu’ici, initiée et dirigée.


Depuis plus d’une année, j’ai placé le groupe Cevital dans une perspective d’un nouveau départ devant faire suite à mon retrait de la vie active que mon âge a rendu nécessaire et que j’annoncerai prochainement.
Les modestes réalisations dont je suis l’initiateur et le promoteur m’ont demandé une vie d’efforts et de sacrifices. Au moment où je prends enfin une retraite effective, j’ai voulu faire en sorte que la relève qui me succédera puisse se consacrer au seul impératif de développement des activités industrielles du groupe, libérées des contraintes particulières de gestion d’une entreprise de presse.


C’est au demeurant le souhait légitime de mes successeurs. Au moment où prend fin l’exaltante aventure collective autour de Liberté, je tiens à saluer le geste de nombreux intellectuels, femmes et hommes politiques, de lettres et de culture qui ont appelé à sa préservation. Ce quotidien a été une belle aventure, enrichissante et fructueuse pour tous ceux qui ont contribué à son élaboration. Il a su porter le combat pour la défense de toutes les libertés. La multitude de sujets qui ont été traités dans les rubriques phare du quotidien a permis de diffuser des informations capitales à grande échelle, touchant un large public.
Je tiens particulièrement à exprimer ma reconnaissance aux générations de lecteurs de Liberté qui, par leur présence, lui ont constamment donné sa raison d’être et, dans les moments les plus difficiles, lui ont fourni la meilleure raison de résister et de persévérer.
Je tiens aussi à rendre hommage aux générations d’employés qui y ont successivement partagé l’exigeante tâche de confection quotidienne du journal et fait de lui l’œuvre impérissable qu’il est.


Je m’incline devant la mémoire de ceux d’entre eux qui, sous les balles assassines du terrorisme, ont payé de leur vie la cause de progrès et de démocratie qu’il a toujours défendue. J’ai une pensée attristée pour d’autres parmi eux qui ont eu à subir l’épreuve imméritée de la prison. Je remercie enfin les différents partenaires, annonceurs, imprimeurs et diffuseurs qui ont participé à sa réalisation.

Issad REBRAB

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