Sansal, Gleizes. La meute et le silence

Il y a des silences qui en disent plus long que tous les éditoriaux. Et il y a des indignations qui trahissent.

Aujourd’hui, une partie de la presse française s’agite. Elle commente, elle dissèque, elle s’émeut presque. Mais de quoi parle-t-elle exactement ? Du sort de Christophe Gleizes toujours derrière les barreaux ? Non. De sa détention arbitraire en Algérie ? À peine. De l’urgence de le faire libérer ? Silence radio.

En revanche, pour Boualem Sansal, l’énergie est là. Les papiers pleuvent. Dans Libération, Le Monde, L’Obs…Les soupçons aussi. Son tort ? Ne pas cocher les bonnes cases. Ne pas s’aligner. Ne pas plaire.

Et voilà comment on inverse les priorités. Un homme libre devient un problème, un homme enfermé devient un détail.

Le prétexte du moment — son arrivée chez Grasset — n’est qu’un rideau de fumée. Derrière, il y a une mécanique bien rodée : délégitimer celui qui dérange pour éviter d’avoir à affronter ce qu’il dit.

Car Boualem Sansal ne rentre dans aucune case confortable. Il ne rassure pas, il ne confirme pas, il ne répète pas. Il dérange, donc il faut le marginaliser. Le réduire. Le discréditer.

Mais le plus frappant reste cette asymétrie morale.

Quand il s’agissait de défendre Boualem Sansal face aux pressions qu’il subissait, les grandes voix se faisaient rares. Trop risqué. Trop clivant. Trop compliqué. Alors on regardait ailleurs.

Et aujourd’hui, les mêmes trouvent le courage — tardif et mal orienté — de lui faire procès stalinien.

Pendant ce temps, Christophe Gleizes attend toujours. Sans tribune. Sans campagne. Sans indignation structurée.

Ce n’est pas un oubli. C’est un choix. D’une lâcheté !

Le choix de cibler ce qui est sans danger. Le choix d’éviter ce qui oblige. Le choix, surtout, de transformer la liberté en instrument à géométrie variable.

On célèbre la liberté quand elle confirme. On la combat quand elle contredit.

Alors il faut appeler les choses par leur nom : ce n’est pas une erreur, ce n’est pas un angle mort, c’est une dérive.

Une dérive où l’on préfère corriger les voix libres plutôt que libérer les voix enfermées.

Lâcheté, quand tu nous tiens…

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