Algérie 2026 : le pouvoir sans adversaire

Le pouvoir cherche à contrôler l’opposition, dit-on. Les exclusions de candidats, les recours devant la justice et les polémiques autour de l’ANIE ont une nouvelle fois alimenté cette accusation.

Peut-être.

Mais avant de s’interroger sur le contrôle de l’opposition, encore faut-il répondre à une question plus fondamentale : de quelle opposition parlons-nous ?

Les délais de recours sont désormais dépassés. Les listes sont connues. Les candidats sont en campagne. Pourtant, un constat s’impose : aucun parti d’opposition démocratique n’est aujourd’hui capable de couvrir l’ensemble du territoire national.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

Sur les 77 circonscriptions électorales que compte l’Algérie, le FFS n’a présenté que 27 listes. Le RCD, qui fut l’une des principales forces d’opposition du pays, n’en présente que 8, dont seulement 6 sur le territoire national. Même en ajoutant les formations islamistes, qu’il est difficile de considérer comme porteuses d’un même projet politique, aucun pôle d’opposition n’est capable de couvrir l’ensemble du pays.

Comment parler d’un programme national lorsqu’on n’est pas en mesure de présenter des candidats sur l’ensemble du territoire ?

Comment prétendre gouverner un pays dont on est absent dans la majorité des circonscriptions ?

Dans les années 1990, malgré la violence, malgré le terrorisme, malgré une situation nationale dramatique, les principales forces d’opposition portaient une ambition claire : gouverner l’Algérie. Le FFS de Hocine Aït Ahmed et le RCD de Saïd Sadi s’adressaient à l’ensemble du pays. Ils ne cherchaient pas seulement à exister politiquement. Ils prétendaient constituer une alternative.

Cette ambition semble aujourd’hui avoir disparu.

Le FFS paraît s’être progressivement installé dans un rôle d’accompagnement du système plus que de contestation. Quant au RCD, son affaiblissement ne se résume pas au faible nombre de listes déposées. Il est le résultat d’années de crises internes, de choix stratégiques contestés, de divisions et d’un isolement croissant. Le chiffre de huit listes n’est pas la cause du problème. Il en est le symptôme.

À cette fragilité des partis s’ajoutent des dizaines de listes indépendantes dispersées d’une wilaya à l’autre. Chacune défend ses priorités, ses préoccupations et parfois ses ambitions personnelles. Mais un Parlement n’est pas une assemblée de revendications locales. C’est une institution nationale où se construit un rapport de force.

Or la politique parlementaire obéit à une règle simple : sans majorité, il n’y a pas de pouvoir.

Depuis des décennies, les majorités parlementaires sont dominées par le FLN et ses alliés. Quelques députés peuvent intervenir, dénoncer, proposer ou alerter. Mais sans coalition, sans stratégie commune et sans perspective majoritaire, leur influence reste limitée.

Dans toute démocratie parlementaire, une majorité se construit. Elle repose sur des alliances, des compromis et une vision commune. En Algérie, cette logique semble ne pas exister.

On préfère souvent les déclarations aux constructions durables. Les slogans à l’implantation territoriale. Les réactions sur les réseaux sociaux au travail patient d’organisation politique.

Bien sûr, les obstacles administratifs existent. Bien sûr, les décisions contestables du pouvoir existent. Personne ne peut les nier.

Mais ils n’expliquent pas tout.

Les boycotts successifs ont également laissé des traces. Pensés comme des actes de résistance, ils ont parfois privé certains partis de leurs élus locaux, de leurs relais de terrain et de leur capacité de mobilisation. Une stratégie peut être moralement défendable tout en produisant des effets politiques désastreux.

Le pouvoir veut contrôler l’opposition, dit-on.

Peut-être.

Mais le véritable problème de ces législatives est peut-être ailleurs.

Rarement depuis l’ouverture politique de 1989 les forces d’opposition n’ont paru aussi fragmentées, aussi isolées et aussi éloignées de toute perspective de conquête du pouvoir.

Le drame de cette élection n’est pas l’absence d’alternance. L’Algérie a connu d’autres scrutins sans alternance.

Le drame est qu’aucune force politique ne semble aujourd’hui en mesure de prétendre sérieusement gouverner le pays.

Le pouvoir paraît sans adversaire.

Non parce qu’il est devenu invincible.

Mais parce que ceux qui prétendent lui faire face ont cessé de construire les instruments nécessaires pour le remplacer.

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