Il est des attaques qui dépassent la personne qu’elles visent. Celles dirigées contre Saïd Djabelkhir, islamologue algérien connu pour ses lectures critiques des textes religieux, appartiennent à cette catégorie. Car s’attaquer à un homme pour ses idées, c’est s’attaquer au droit de chacun de penser librement.
La récente publication attribuée à Amar Gouasmia, représentant la tête de Saïd Djabelkhir détachée de son corps, a suscité une vague d’indignation. Au-delà de la violence de cette représentation, c’est le climat d’intimidation entourant le débat religieux en Algérie qui doit nous interpeller.
Saïd Djabelkhir n’en est pas à sa première épreuve. En 2021, il avait été condamné en première instance à trois ans de prison pour « offense aux préceptes de l’islam », à la suite de prises de position intellectuelles sur les traditions et les textes religieux. Son affaire était devenue le symbole des difficultés rencontrées par celles et ceux qui revendiquent le droit d’interroger publiquement les dogmes.
Faut-il rappeler qu’une idée se combat par une autre idée ? Qu’un texte se discute, qu’une interprétation se conteste et qu’aucune conviction religieuse ne saurait justifier l’intimidation de celui qui pense autrement ?
La liberté de conscience n’est pas une faveur accordée par les gardiens autoproclamés de l’orthodoxie. Elle est un droit fondamental. Elle comprend la liberté de croire, de ne pas croire, de changer de religion et de soumettre toute doctrine à l’examen critique.
L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 rappelle que nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses. Ce principe, né dans un contexte historique français, exprime une exigence universelle : aucune autorité ne devrait prétendre gouverner les consciences.
Défendre Saïd Djabelkhir, ce n’est pas nécessairement partager toutes ses analyses ni adhérer à chacune de ses interprétations. C’est défendre une liberté fondamentale : celle de questionner, de douter, de contester et de penser autrement. Aucune religion, aucune idéologie, aucune conviction ne devrait être soustraite à la critique. Et personne ne devrait avoir à craindre pour sa sécurité parce qu’il a osé exercer cette liberté.
Car demain, ce pourrait être un écrivain, une journaliste, une universitaire, une militante ou un simple citoyen qui ose poser une question jugée dérangeante.
Une société qui laisse s’installer la peur autour de la pensée critique finit par appauvrir son propre avenir. Là où les arguments disparaissent au profit des intimidations, ce n’est pas seulement la liberté d’un individu qui recule : c’est celle de tous.
Nous le disons sans détour : s’attaquer à Saïd Djabelkhir, c’est s’attaquer à la liberté. Et cette liberté n’est pas négociable.


