Tribune. Quand les honnêtes gens paient le prix du chaos

Certaines images ne s’effacent pas. Un commerce saccagé, une vitrine fracassée, une caisse vidée… Il faut quelques minutes pour détruire ce que des années de travail avaient bâti. Derrière chaque boutique dévastée, il y a des femmes et des hommes qui se lèvent tôt, prennent des risques, paient leurs impôts et tentent de vivre dignement de leur travail. Quel crime ont-ils commis pour mériter cette violence ?

Je refuse que l’on présente les pillages comme des symptômes sociaux qu’il faudrait contempler avec compréhension, comme si détruire le bien d’autrui constituait une revendication politique. Oui, la misère existe. Les inégalités sont réelles. L’abandon de certains territoires n’est pas contestable. Mais aucune injustice ne donne le droit de voler, de brûler ou de terroriser. Expliquer n’est pas excuser, et comprendre les causes d’une colère ne dispense pas de sanctionner ses actes.

Ce qui me révolte, c’est l’inversion morale qui s’installe. Les casseurs deviennent les victimes présumées d’une société injuste, et les commerçants dépouillés les dommages collatéraux d’une colère qui n’est pas la leur. La République doit protéger les plus fragiles. Elle doit aussi protéger ceux qui travaillent. Elle ne peut pas réclamer des devoirs aux uns et chercher indéfiniment des excuses aux autres.

Notre universalisme tient à un principe simple : les mêmes droits, les mêmes devoirs, la même loi pour tous. Aucune origine, aucune religion, aucun quartier ne place quiconque au-dessus de la loi ni à l’abri de ses conséquences. C’est précisément parce que chaque être humain possède la même dignité que nul ne peut s’arroger le droit de détruire la vie d’un autre.

La responsabilité politique est immense. Emmanuel Macron a laissé se dégrader la confiance dans la parole publique et dans la capacité de l’État à rétablir durablement son autorité. Jean-Luc Mélenchon, par sa stratégie de confrontation permanente, contribue à délégitimer les institutions dont notre démocratie a besoin. Entre l’impuissance des uns et la surenchère des autres, il n’y a pas de politique pour la France.

Je veux une République qui lutte contre la pauvreté sans renoncer à l’exigence, qui combat les discriminations sans abandonner l’autorité, qui protège les libertés sans tolérer que la violence devienne un moyen d’expression ordinaire.

Ce qui me désespère, c’est de voir des honnêtes gens trembler devant ceux qui les dépouillent, tandis que les responsables politiques se disputent les bénéfices d’un désordre dont ils ne paieront pas le prix.

Quand les honnêtes gens ont peur et que les délinquants se croient tout permis, ce n’est pas seulement l’ordre public qui s’effondre. C’est la République qui manque à sa promesse.

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