Dessinateur de bandes dessinées, Luz est le rescapé de l’attentat de Charlie Hebdo en 2015. Il a reçu le Fauve d’or du meilleur album en 2025 au festival d’Angoulême.
« Alors, on dit quoi, Beaubourg ou Pompidou ? » Ainsi commence ce récit, publié chez Stock dans la collection Ma nuit au musée, dirigée par Alina Gurdiel.
Luz choisit un musée en chantier plein de tableaux absents et de visiteurs disparus. Pour mieux entendre les fantômes, ceux de Beaubourg, mais aussi les siens, ses amis disparus dans l’attentat. Les gravats, ce sont ses gravats mentaux, le deuil impossible. Une nuit avec un lit de camp-civière et Francine, la chargée de la surveillance en costume sombre. Sans oublier le dessin, qui émaillera le récit. Luz veut écrire comme il dessine, « en acceptant d’être digressif, de faire des esquisses ». Sa compagne, l’auteure Camille Emmanuelle, le guide dans cette aventure. Elle est aussi sa fée Clochette, puisque le 7 janvier 2015, s’il n’était pas à la conférence de rédaction de Charlie, c’est qu’il fêtait son anniversaire avec elle, au lit. Elle lui a sauvé la vie, même s’il est condamné par la suite à la culpabilité du survivant. « Les insolations de culpabilité, les coups de soleil », dit-il. C’est sans doute pour en finir avec ce sentiment qu’il accepte de passer une nuit dans un musée vide. Pour revisiter l’art à travers le fantôme de l’art, le souvenir de l’œuvre. Convoquer la mémoire.
À quoi ressemble Beaubourg en chantier ? À une vie ouvrière, à des câbles partout, à des perceuses-dévisseuses, à des caisses de déménagement. « Un panneau de plexiglas laisse parfois deviner le détail d’une œuvre. » L’accumulation, Luz connaît. Fils de chineurs, de collectionneurs de bazar en tout genre, à lustrer, à bricoler. Lui-même a grandi avec les vieux magazines empilés à son chevet.
Une nuit à dessiner, pour se réinventer et repeupler son monde intérieur. Lumineux.
Un diamant dans les gravats, Luz, Stock, coll. Ma nuit au musée, 275 pages, 20,50 €.


