Tokyorama, immersion dans le Japon interlope

Grand reporter international, marié à une Japonaise et installé à la fois à Tokyo et à Paris, Jean-Christophe Grangé a déjà consacré plusieurs ouvrages au Japon : un thriller, Kaïken, en 2012, et Tokyo pourpre, avec le photographe Patrick Siboni, en 2021. Toujours très documentés, ses livres empruntent à la sociologie et au cinéma. Ils sont à ce point visuels qu’avec Tokyorama et son héros, le détective Stéphane Madryka, on pense à un Jack Nicholson frenchie. Un Chinatown à Tokyo.

Il faut avoir lu Tokyo pourpre pour mieux savourer Tokyorama. Ce livre-album photographique décortique par le menu Tokyo la nuit, ses mœurs, ses rituels, ses paysages et ses fréquentations. Il est question de tout cela aussi dans Tokyorama, un polar campé dans les bas-fonds où les tauliers de bars à hôtesses font la pluie et le beau temps.

D’ordinaire, le détective privé prend en filature les époux infidèles qui fréquentent souvent les bars à hôtesses. Le roman s’ouvre sur un meurtre : celui d’un client du Queendom, à Roppongi, quartier chaud. Alcool et débauche en sont les deux saillies. Un labyrinthe, cette enquête, puisqu’un meurtre fait écho à un autre, celui de « la lycéenne de béton », une jeune fille séquestrée, torturée, violée et coulée dans le béton en 1999. En tirant les ficelles, Madryka réalise que le point commun entre ces affaires, entre un meurtre et une disparition (celle d’un comptable qui a perdu son emploi), c’est le béton de la ville de Kinowara.

Ce roman cinématographique rend hommage à la beauté de la femme japonaise : les cheveux noirs, le corps gracile, les yeux bridés et une personnalité à facettes. « Le Japon est le pays de la convulsion. » On se régale d’une scène dans laquelle Yumiko, vêtue d’un kimono et arborant un maquillage traditionnel, emploie un langage ordurier.

C’est un livre à plusieurs entrées. Le polar, mais aussi la société tokyoïte. On plonge dans le Tokyo contemporain, à travers les quartiers de Roppongi, Shinjuku, Ginza et Shibuya. Immersion totale dans les us et coutumes nippons, de l’art de la politesse à celui de manier les baguettes à table, en passant par les relations entre hommes et femmes. Sans oublier le monde des yakuzas et du crime organisé. Plus de 500 pages difficiles à lâcher, qui donnent surtout envie d’en découvrir davantage sur l’œuvre de l’auteur. Un roman que l’on garde dans sa bibliothèque.

Tokyorama, Jean-Christophe Grangé, éditions Albin Michel. Parution le 30 septembre 2026. 542 pages, 22,90 €

Derniers articles
- Advertisment -spot_img

Éditos

Opinions