« On ne naît pas juive, on le devient », pourrait dire Laure Adler, née Clauzet, bousculant ainsi les règles ancestrales du judaïsme selon lesquelles l’identité juive se transmet notamment par la mère. Adler est le nom du premier mari de la journaliste, père de son fils. La voilà juive « par solidarité », passionnée d’histoire juive et apprenant l’hébreu pour lire l’Ancien Testament.
Ce livre est une plongée au cœur de Jérusalem, au musée Yad Vashem, réceptacle de la mémoire juive mondiale. Il faut être allé à Yad Vashem pour prendre la mesure de l’Holocauste. Ce musée, par sa configuration architecturale, donne déjà le vertige. L’histoire de chaque personne déportée y est détaillée, illustrée par des moyens visuels et sonores. Il s’agit de redonner leur dignité aux morts dans les camps de concentration européens, de rappeler la sophistication de l’instrument du génocide dans une Allemagne moderne et avancée sur tous les plans, mais aussi de leur rendre leur nom et leur âme, à eux qui furent totalement déshumanisés.
Jeune, Laure Adler a vécu dans un kibboutz en Israël, dans le cadre d’un mouvement de jeunesse sioniste. De cette expérience, elle garde un amour inconditionnel pour le pays. Et puis il y a eu le 7 octobre, et cette envie de faire le point sur l’antisémitisme. À cause de son nom, la journaliste a été prise pour cible à la radio. Elle sait de quoi elle parle. Le temps nécessaire pour obtenir les autorisations de passer une nuit à Yad Vashem lui semble interminable. Pour une fois, son nom va lui servir à quelque chose. Ou du moins, c’est ce qu’elle se dit.
Une nuit entière à Yad Vashem, sans dormir, à visiter le musée, notamment la salle du Livre des Noms. Des gens tués parce que juifs. Mais l’auteure, dans ce récit qui remet les pendules à l’heure, n’oublie pas de parler de la cause palestinienne, ni du poète Mahmoud Darwich, qu’elle a rencontré à Ramallah et qu’elle connaît bien à travers des entretiens, des émissions et des événements culturels. C’est aussi ce qui fait la grande richesse de ce livre.
Laure Adler, Presque juive, Stock, collection « Ma nuit au musée », 210 pages, 19,50 €


