L’Algérie vibre. Elle ne récite plus, elle improvise.
Depuis le soulèvement pacifique de 2019, une génération d’artistes a émergé, fusionnant musique traditionnelle et langages contemporains. Elle ne cherche pas à séduire les conservatoires : elle crée les siens.
On se souvient de Jbaliqs, jeune musicien dont la vidéo est devenue virale. Entre alto et derbouka, il revisite Beethoven avec une saveur algérienne inattendue. Ce n’est pas qu’un clin d’œil à l’Occident : c’est un manifeste. Une façon de dire que la musique savante peut jaillir d’un quartier, d’une cour d’école, d’un balcon. De son vrai nom Wassim Ben Larbi, dirige un orchestre aux influences chaâbi et andalouses. Ses concerts rassemblent, rajeunissent, réveillent une mémoire musicale longtemps enfermée dans les archives.
Le groupe Azawan, à cheval entre France et Algérie, ressuscite les classiques kabyles en les parant de violoncelle, clarinette, guitare électrique. Ils chantent Idir avec l’intensité d’un Radiohead, et font entrer Matoub dans les conservatoires.
D’autres, comme le collectif DRP ARTS, explorent les intersections : rock, jazz, sonorités chaouis et kabyles.
Partout, des chorales locales introduisent la polyphonie dans des traditions monodiques, créant des hybrides fascinants.
Ces jeunes ne demandent ni l’approbation de l’État ni celle des anciens. Ils ne reproduisent pas, ils inventent.
Ils ne cherchent pas à plaire, mais à dire ce qu’ils sont : héritiers sans chaînes, créateurs sans complexes.
En Algérie, aujourd’hui, l’art n’est pas un luxe, c’est une nécessité. Une urgence à exprimer, à transmettre, à respirer. Et ce souffle, venu des places publiques, des toits, des maquis urbains, porte en lui la promesse d’un renouveau.
Un pays où l’on chante enfin, non pas ce qu’on a appris, mais ce qu’on a choisi.


