Paru fin août 2025 aux Éditions Frantz Fanon, Pour une insurrection des consciences est un essai à la fois personnel et universel. Kamel Bencheikh, poète et essayiste franco-algérien, y déploie une parole sans détour face aux dérives de notre époque. Son livre n’entend ni rassurer ni séduire : il veut réveiller.
L’auteur dénonce avec une clarté implacable le projet politique des Frères musulmans : « Ils ne veulent pas la République. Ils veulent son cadavre. Une coquille vide, où seule leur loi reste debout. (…) Leur “islam” est une armure. Un code pénal. Une prison. ». Mais il ne s’en tient pas au constat : il affirme aussi une fidélité à la vie et à la liberté. « Je me bats pour les voix éteintes, pour les rires étouffés, pour les salles fermées. Pour les filles qui marcheront sans peur et sans voile. Pour les garçons qui réapprendront à parler d’amour autrement qu’à travers une fatwa. ».
Cette tension entre refus et affirmation traverse l’ouvrage. Elle prend une dimension historique quand Bencheikh évoque la figure d’Atatürk, symbole de rupture et de courage face à l’anachronisme : « Là où tant d’autres ont caressé l’archaïsme et le conservatisme pour plaire aux foules, lui a ordonné l’avenir. C’est cela, un fondateur : un homme qui préfère l’histoire aux applaudissements. ».
Le livre est porté par une conviction ferme : l’obscurantisme ne se combat pas par des compromis, mais par une parole claire. Et cette clarté, Bencheikh l’assume jusque dans ses pages les plus intimes : « Je viens d’une terre où leur projet a prospéré comme une moisissure sur les murs. Je sais ce qu’ils font de la jeunesse : ils l’endorment avec des versets, ils lui volent la joie de vivre, ils en font une armée d’ombres. Je sais ce qu’ils font aux filles : ils les surveillent, les voilent, les assignent à une vertu toxique. »
Si l’auteur a choisi d’intituler son livre Pour une insurrection des consciences, on aurait aussi pu l’appeler Convictions intimes. Car derrière l’appel collectif, ce texte est nourri par une mémoire individuelle, des fidélités personnelles, un chemin de vie marqué par la résistance. C’est ce double registre qui lui donne sa puissance : un cri universel enraciné dans une expérience singulière. Avec audace et lucidité, Kamel Bencheikh rappelle que la laïcité demeure une valeur émancipatrice, et que son affaiblissement par les euphémismes et les renoncements fragilise l’avenir européen. Pour une insurrection des consciences est un appel à la lucidité et au courage : retrouver la force d’appeler les choses par leur nom, refuser les compromissions, et se tenir debout face aux obscurités du temps présent.


