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mercredi 21 janvier 2026
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Chronique. 11 septembre : l’onde de choc et l’oubli

Vingt-quatre ans ont passé. Et pourtant, ce matin du 11 septembre 2001 demeure inscrit dans nos mémoires comme une brûlure, une sidération. Les images des tours jumelles s’effondrant à Manhattan, la poussière avalant la lumière, les silhouettes sautant dans le vide, sont devenues l’un des alphabets visuels de notre époque. Ce n’était pas seulement New York qui s’effondrait ce jour-là : c’était une certaine idée de la sécurité, de la certitude occidentale, de la croyance naïve que la barbarie restait confinée ailleurs.

Car l’attentat du 11 septembre n’était pas une explosion isolée. Il était l’aboutissement d’un projet. Un projet forgé dans les madrassas saoudiennes, financé par des pétrodollars complaisants, nourri d’un imaginaire de haine et de mort. Al-Qaïda n’a pas inventé le fondamentalisme islamiste, elle en a seulement montré la face la plus meurtrière, la plus spectaculaire pour un monde occidental qui croyait encore pouvoir fermer les yeux.

Nous avons pourtant prévenu le monde entier. Nous nous sommes hissés sur tous les sommets pour avertir les nations libres. Les écrivains algériens assassinés dans les années 90, les villages entiers décimés, les jeunes femmes violées et réduites en esclavage, tous ces martyrs de la « décennie noire » étaient déjà les éclaireurs tragiques de ce qui allait se produire. Mais personne n’a voulu nous écouter. Trop loin, trop compliqué, trop dérangeant. Le 11 septembre a été l’exportation, en plein cœur de l’Occident, de cette barbarie que le monde s’obstinait à regarder comme une périphérie exotique.

Depuis, que s’est-il passé ? L’onde de choc fut planétaire. Des guerres ont été déclenchées. Des régimes sont tombés. Des alliances se sont recomposées. Mais l’essentiel est resté inavoué : la matrice idéologique qui a rendu possible le 11 septembre n’a pas disparu. L’hydre islamiste est toujours là. Elle a changé de visage, changé de nom, mais continue de prospérer dans les interstices de nos sociétés. Daech n’a été que le fils monstrueux d’Al-Qaïda, comme demain surgiront d’autres avatars, tant que nous n’aurons pas le courage de nommer l’ennemi : l’islam politique, totalitaire, fascisant, qui rêve d’un monde soumis au règne de la charia.

Ce combat n’est pas celui de l’Amérique seule. Il n’est pas celui de l’Occident seul. Il est celui de toutes les consciences libres, de Kaboul à Alger, de Téhéran à Paris, de Stockholm à Tunis. Le 11 septembre nous rappelle que la barbarie islamiste ne fait pas de distinction entre « là-bas » et « ici ». Elle vise l’universalité des libertés, l’humanité dans ce qu’elle a de plus fragile et de plus précieux : la possibilité de penser librement, d’aimer librement, de croire ou de ne pas croire.

Or, aujourd’hui, que voyons-nous ? Un Occident qui, trop souvent, préfère relativiser plutôt qu’affronter. Qui se plaît à trouver des excuses sociologiques aux fanatiques. Qui s’habitue à vivre sous la menace et à sacrifier un peu de liberté pour un peu de tranquillité. Qui laisse s’installer, dans ses écoles, ses quartiers, ses médias, une complaisance coupable à l’égard des obscurantismes.

Se souvenir du 11 septembre, ce n’est pas seulement regarder les images d’archives et déposer des gerbes. C’est refuser l’amnésie. C’est affirmer haut et fort que la liberté ne se négocie pas. Que la laïcité n’est pas un supplément d’âme, mais une condition vitale. Que l’égalité entre femmes et hommes, entre croyants et non-croyants, n’est pas une option culturelle mais un socle universel.

Le 11 septembre 2001 a ouvert une faille dans l’histoire contemporaine. Vingt-quatre ans après, il nous appartient de ne pas la refermer sous les sédiments de l’oubli et de la lâcheté. Car l’ennemi, lui, n’a pas oublié. Il se réarme, il se dissimule, il se recompose. La réponse, si nous voulons qu’elle soit à la hauteur, ne peut être ni la guerre sans fin, ni la soumission par lassitude. Elle doit être le courage politique, le courage intellectuel, le courage moral.

Il est temps de dire que le 11 septembre ne fut pas seulement une tragédie américaine, mais une mise en demeure adressée à l’humanité entière : choisir entre la peur et la liberté, entre l’obscurantisme et la raison, entre la servitude et l’émancipation.

C’est là, encore et toujours, que se joue l’insurrection des consciences.

K. B.

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