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mercredi 21 janvier 2026
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Iran : une révolution en cours, un régime dans le déni

L’Iran vit une révolution que le pouvoir refuse obstinément de nommer. Depuis plusieurs semaines, le pays est traversé par une vague de contestation profonde, durable, enracinée, qui ne relève plus de la simple protestation sociale. Ce qui se joue aujourd’hui n’est pas une crise passagère, mais une rupture historique entre la société iranienne et le régime issu de 1979.

Pendant que les chaînes publiques continuent d’exhiber une prétendue « victoire » géopolitique face à l’Occident et à Israël, la réalité intérieure raconte une toute autre histoire : celle d’un État qui ne parvient plus à gouverner autrement que par la force, et d’un peuple qui n’accepte plus d’obéir.

Une révolution sans chef, mais pas sans conscience

La révolution actuelle n’a ni leader charismatique, ni parti, ni figure providentielle. Elle n’en est pas moins politique. Elle s’exprime par la rue, les universités, les bazars, les grèves, les refus quotidiens. Elle est diffuse, horizontale, impossible à décapiter.

Ce mouvement a commencé par l’économie — inflation, pauvreté, déclassement — mais il s’est très vite déplacé vers le cœur du problème : le système lui-même. Les slogans ne réclament plus des réformes, mais contestent la légitimité du pouvoir religieux, la confiscation de la souveraineté populaire et l’absence de libertés fondamentales.

Le régime parle de désordre. La société parle de dignité.

Les femmes, moteur irréversible de la rupture

Cette révolution a un centre de gravité clair : les femmes iraniennes. Non comme icônes médiatiques, mais comme actrices politiques. Depuis plusieurs années déjà, elles ont fait du corps, de l’espace public et du refus d’obéir des lieux de résistance. Aujourd’hui, cette résistance est devenue collective.

Le pouvoir avait fait du contrôle des femmes un pilier idéologique. Il en subit désormais le contrecoup. En contestant l’obligation, les femmes contestent l’ordre qui l’impose. Et en les réprimant, le régime révèle sa peur de perdre le contrôle symbolique sur la société.

Ce n’est pas un combat culturel. C’est un combat politique.

La laïcité, sans le mot

La plupart des manifestants ne parlent pas de laïcité. Mais ils en revendiquent le principe. Ce qui est rejeté, ce n’est pas la religion, mais sa transformation en instrument de domination. Ce n’est pas la foi, mais sa confiscation par l’État.

Depuis 1979, le pouvoir repose sur une confusion assumée entre le religieux et le politique, théorisée par Ruhollah Khomeini. Cette architecture a produit un système où critiquer le pouvoir revient à blasphémer, et où la loi n’est plus discutable.

La révolution actuelle attaque ce socle. Elle réclame, de fait, une séparation entre la croyance et la gouvernance, entre la morale individuelle et la loi collective.

La répression comme aveu

La coupure d’Internet, les arrestations massives, la violence policière, les menaces judiciaires ne sont pas des signes de force. Ce sont des aveux. Un régime sûr de lui ne coupe pas son pays du monde. Un pouvoir légitime n’a pas besoin d’empêcher ses citoyens de se voir, de se parler, de témoigner.

En cherchant à étouffer la révolution par le silence, l’État iranien reconnaît implicitement qu’il ne contrôle plus le récit, ni l’adhésion.

1979–2026 : l’histoire se retourne

Il y a une ironie tragique dans la situation actuelle. Le régime né d’une révolution se retrouve confronté à une autre révolution, née de son propre autoritarisme. En 1979, le peuple iranien rejetait un pouvoir jugé illégitime et éloigné de la société. En 2026, il rejette un pouvoir figé, sacralisé, incapable d’évoluer.

La différence est essentielle : la révolution de 1979 promettait un avenir. Celle d’aujourd’hui cherche à réparer une promesse trahie.

Cette révolution peut être contenue, retardée, réprimée. Elle ne peut plus être annulée. Quelque chose s’est déplacé dans la conscience collective iranienne : la peur a changé de camp, et l’obéissance n’est plus automatique.

Le régime peut encore tenir par la contrainte.
Il ne gouverne plus par le consentement.

Et c’est cela, bien plus que n’importe quelle confrontation extérieure, qui définit l’Iran en ce début 2026.

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