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vendredi 06 février 2026
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la Russie est-elle vraiment un bon allié ?

La question mérite mieux qu’un slogan ou qu’un réflexe hérité de la guerre froide. Elle impose une analyse froide des faits, des actes et des rapports de force réels, loin de la nostalgie soviétique et des illusions d’un monde redevenu bipolaire.

L’idée selon laquelle la Russie pourrait aujourd’hui jouer le rôle qu’occupait l’Union soviétique continue de structurer une partie du discours géopolitique. Elle alimente l’espoir d’un monde rééquilibré face aux États-Unis, d’un pôle capable de tenir tête à Washington et de protéger ses alliés. Cette idée mérite d’être confrontée à la réalité.

Pour mesurer la solidité d’une alliance, il faut observer ce qu’elle produit lorsque les dossiers deviennent vitaux. Trois pays se présentent comme alliés stratégiques de la Russie : l’Algérie, l’Iran et le Venezuela. Trois situations, trois tests, un même constat.

Pour l’Algérie, la Palestine et le Sahara occidental constituent des dossiers prioritaires, structurants, au cœur de sa diplomatie et de son identité politique. Alger se considère comme un allié de la Russie et attend, à ce titre, un soutien sur ces enjeux centraux. Or, sur la Palestine, Moscou adopte une posture diplomatique active mais s’inscrit dans une logique de gestion globale des équilibres au Conseil de sécurité. Le veto y sert d’outil de négociation internationale, jamais d’instrument d’engagement au service d’une cause jugée prioritaire par ses partenaires. Sur le Sahara occidental, la Russie administre le statu quo, pratique l’abstention et évite toute polarisation. Ces choix traduisent une hiérarchisation claire : ces dossiers ne relèvent pas du noyau dur de ses intérêts stratégiques.

Le cas iranien est encore plus révélateur. Lors de la guerre de douze jours, l’Iran subit des frappes américaines sous les yeux de son partenaire russe. Moscou observe, ajuste son discours, appelle à la retenue, sans engagement sécuritaire concret. Aujourd’hui, alors que des manifestations internes fragilisent le régime et que les États-Unis se posent en garants des manifestants tout en brandissant la menace de bombardements en cas de répression massive, la Russie demeure spectatrice. Le Venezuela a connu une situation similaire avec l’enlèvement de son président, sans réaction russe à la hauteur des attentes d’un allié stratégique.

Ces situations révèlent une constante : la Russie ne fonctionne pas comme une puissance protectrice. Elle utilise ses partenariats comme des leviers diplomatiques intégrés à ses équilibres globaux. Les alliances produisent du discours, rarement de la protection.

Cette limite tient aussi à la structure même de la puissance russe. L’économie du pays repose sur deux piliers : l’énergie et l’industrie militaire. En dehors de ces secteurs, la Russie accuse un retard profond dans les technologies civiles, l’électronique, le numérique et les chaînes industrielles de production et de distribution. Cette configuration oriente naturellement ses échanges vers la Chine, devenue débouché commercial, fournisseur technologique et partenaire logistique central. Cette relation n’est pas idéologique ; elle est structurelle.

Cette réalité se reflète au sein des BRICS. Présenté comme une alternative au G20 et à l’ordre économique occidental, ce forum repose avant tout sur la dynamique chinoise. La Chine en constitue le moteur économique et géostratégique réel. Elle représente aujourd’hui le principal rival des États-Unis sur ces plans. La Russie y occupe un rôle important, mais secondaire.

Dans ces conditions, l’hypothèse d’un monde redevenu bipolaire autour de Moscou ne résiste pas à l’analyse. Si un rééquilibrage mondial doit émerger, il ne passera pas par une reconstitution du face-à-face États-Unis–URSS. Cette époque est révolue.

La séquence actuelle ouvre cependant un autre débat. Les ambitions américaines affichées sur le Groenland par Donald Trump ont introduit une situation que le système sécuritaire occidental n’avait jamais véritablement envisagée : la possibilité d’un conflit entre membres de l’OTAN eux-mêmes. Cette rupture stratégique fragilise l’Europe, devenue largement dépendante des États-Unis sur les plans sécuritaire et diplomatique.

Dans ce contexte, une reprise du dialogue entre l’Europe occidentale et la Russie apparaît comme une piste de stabilisation. Elle pourrait contribuer à mettre fin à la guerre en Ukraine, à contenir les excès de l’unilatéralisme américain et à rééquilibrer les rapports de force internationaux. Une telle dynamique suppose toutefois une Europe capable d’assumer un rôle de leader, fondée sur des États pleinement souverains et solides, en particulier les deux moteurs du continent : la France et l’Allemagne.

Dès lors, la question demeure entière : la Russie est-elle vraiment un bon allié ?
Tout dépend du rôle qu’on lui assigne. Si l’on attend d’elle le retour de l’URSS et de la bipolarité de la guerre froide, l’illusion est totale. Si l’on envisage la Russie comme un partenaire diplomatique et sécuritaire parmi d’autres, dans un système rééquilibré et multipolaire, la réponse devient plus nuancée.

L’édito ne tranche pas. Il rappelle une évidence : les alliances ne valent que par les effets qu’elles produisent. Et le monde de 2026 impose de regarder ces effets sans nostalgie.

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