À Sétif, ma ville natale, la statue d’Aïn El Fouara a encore été frappée. Encore mutilée. Encore profanée.
Un fanatique lui a arraché un bras — comme si la beauté était une faute, comme si la pierre devait payer pour leur haine du monde, pour leur incapacité à supporter ce qui est libre, ce qui est vivant, ce qui échappe à leur peur.
Combien de fois encore ?
Combien de fois faudra-t-il réparer ce que l’obscurantisme détruit avec une régularité sinistre ? Combien de fois faudra-t-il ramasser les morceaux pendant que certains applaudissent en silence, par lâcheté ou par indifférence ?
Assez.
Assez de voir la violence s’acharner sur des symboles sans défense.
Assez de cette brutalité qui ne sait que casser, jamais construire.
Assez de cette haine du corps, de l’art, de la liberté, de tout ce qui respire hors de leur prison mentale.
Il faut le dire clairement, sans trembler, sans détour : l’islamisme est une abjection.
Une mécanique de destruction. Une entreprise de laideur. Une guerre contre l’intelligence et contre la joie. Partout où il passe, il salit, il mutile, il étouffe.
Et ce qui serre la poitrine, au-delà de la colère, c’est cette tristesse profonde — la tristesse de voir encore et encore la beauté traitée comme une provocation, la culture comme une offense, la liberté comme un blasphème.
Car ce n’est pas seulement une statue qu’on attaque.
C’est une mémoire.
C’est une ville.
C’est une idée simple et fragile : celle d’un monde où l’on peut regarder une œuvre sans qu’elle devienne une cible.
Et pourtant, malgré les coups, malgré les cicatrices, elle reste là. Debout. Blessée, amputée, recousue, mais debout. Comme une accusation silencieuse contre ceux qui ne savent exister qu’en détruisant.
Ils peuvent frapper encore. Ils peuvent casser, hurler, profaner.
Ils ne feront jamais disparaître ce qu’elle représente. Parce que la beauté survit toujours à ceux qui la haïssent. Parce que la mémoire est plus tenace que la violence. Parce que la liberté finit toujours par relever la tête.
Et peut-être est-ce cela qui les rend fous : ils détruisent, mais ils ne gagnent jamais.


