France. Quand l’union devient abdication

Il faut cesser de se raconter des histoires. Ce qui se joue aujourd’hui à gauche, à l’approche du deuxième tour des municipales, n’est pas une simple divergence de stratégie. C’est une crise de colonne vertébrale.

D’un côté, il reste des responsables politiques qui refusent de tout sacrifier ― À Paris et à Marseille, le Parti socialiste a opposé un refus clair à l’alignement automatique avec La France insoumise. Ce n’est pas un détail technique, ni une querelle d’appareil, c’est un acte politique. Un refus de se dissoudre, un refus de cautionner, un refus de faire semblant.

Face à cela, ailleurs, le spectacle est accablant.

À Limoges, Toulouse, Nantes, Avignon, Clermont-Ferrand, on a choisi l’inverse : plier, lisser, oublier. Là où il aurait fallu poser des limites, certains ont préféré les effacer. Là où il aurait fallu assumer un désaccord, ils ont organisé l’ambiguïté. Et tout cela au nom d’un mot devenu alibi : « l’union ».

Mais de quelle union parle-t-on, au juste ? D’une coalition bâtie sur des désaccords majeurs, sur des silences gênés, sur des contorsions permanentes ? D’une alliance où l’on tolère l’intolérable pour quelques sièges de plus ?

Il faut avoir le courage de nommer les choses. Quand des dérives sont minimisées, quand des prises de position problématiques — notamment face à l’antisémitisme et à l’islamisme — sont relativisées ou noyées dans le flou, il ne s’agit plus de pragmatisme. Il s’agit de renoncement.

Et ce renoncement n’est pas discret. Il est visible, lisible, presque revendiqué. On explique qu’il faut « rassembler », que les électeurs ne comprendraient pas les divisions, que le contexte impose des compromis. En réalité, on abdique. On abdique sur les principes, on abdique sur la clarté, on abdique sur l’exigence minimale qui devrait fonder toute force politique digne de ce nom.

Le plus inquiétant n’est même pas l’existence de ces alliances. C’est leur banalisation. C’est cette idée insidieuse selon laquelle tout serait négociable, tout serait excusable, pourvu que l’arithmétique électorale y trouve son compte.

Dans ce paysage, les positions prises à Paris et à Marseille apparaissent presque comme des anomalies. Elles ne devraient pas l’être. Elles devraient être la règle. Refuser certaines alliances ne relève pas de la pureté idéologique ; c’est le strict minimum de la cohérence politique.

Car enfin, une question demeure, brutale et incontournable : que vaut une victoire obtenue au prix de l’effacement de tout ce que l’on prétend défendre ?

Une force politique peut perdre une élection et se relever. Elle ne se relève pas lorsqu’elle perd toute crédibilité morale. À force de vouloir gagner à n’importe quel prix, on finit par ne plus rien incarner du tout.

C’est exactement le risque qui se profile aujourd’hui.

Entre ceux qui tiennent encore une ligne — fragile, imparfaite, mais assumée — et ceux qui ont choisi de la gommer, la fracture est désormais nette. Elle ne disparaîtra pas après le scrutin. Elle ne fera que s’approfondir.

Et il faudra bien, tôt ou tard, en tirer les conséquences.

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