« Je suis née dans une impasse1. J’y suis toujours enfermée ».
Ainsi débute ce quatrième opus de dalie Farah, après Impasse Verlaine, Le doigt et Retrouver Fiona. La sentinelle qu’on ne relève jamais, c’est elle, porteuse d’autisme, diagnostiquée en 2023 et c’est aussi ses frères et sœurs de galère.
Autiste Asperger.
Un syndrome découvert par un nazi. Qui colle à la peau d’une femme née en Auvergne de parents algériens. Enfance battue, survie en HLM. Le salut passe par les études ; dalie devient agrégée de lettres.
HPI, Asperger, des termes dans l’air du temps, qu’on applique sur les hyperactifs, les très curieux et les QI supérieurs. C’est confortable. Mais cela ne correspond pas à la réalité de l’autisme en France. Une personne sur cent est concernée. Un million de gens vivent avec un trouble du spectre de l’autisme, mais peu ont accès au diagnostic et à un parcours de soin. Les garçons sont trois fois plus souvent diagnostiqués. Il y a bien une journée mondiale de sensibilisation à l’autisme, mais le chemin de vie des personnes autistes reste un chemin de croix au quotidien. Aménagement du temps de travail, allocation d’adulte handicapé, si les aides existent, elles sont difficiles à saisir. Alors s’organise une vie avec des aidants de fortune, la bonne collègue, la mamie, l’amoureux etc. Est-ce aux particuliers de se substituer aux institutions ?
Remarquable, ce récit l’est à plusieurs points de vue. Véritable enquête de société, —on revient sur les travaux d’un pédopsychiatre et ceux de Bruno Bettelheim-, il est aussi une exploration du moi intime et de ce rapport au monde quelque peu distordu. « Trop de bruits, trop de gens, de choses à accomplir, d’imprévus, de données. La surcharge sensorielle se mue en crainte diffuse, se mue en angoisse qui se mue en panique ». Extrême fatigue, sensibilité inouïe, souffrance quotidienne. Ainsi que l’impression d’être une entité poreuse sans réelle colonne vertébrale. Elle revient sur l’origine du burn-out autistique « être éditée m’a conduite au dévoilement, au spectacle de soi ». Sur ses lectures aussi, l’écriture et la lecture étant ses piliers, Confessions d’un masque de Mishima, par exemple.
La Sentinelle qu’on ne relève jamais est aussi un roman graphique. Les phrases jouent parfois à saute-mouton, comme les pensées de la personne autiste. Les râtures sont conservées, autant de cicatrices qui sont là pour rappeler un parcours semé d’embûches.
« Les autistes sont souvent des artistes », écrit-elle. Ce récit n’est pas sans rappeler le best seller « Si on me touche, je n’existe plus » de Donna Williams. On souhaite à la Sentinelle le même succès.
La sentinelle qu’on ne relève jamais, de dalie Farah chez l’Iconoclaste, 244 pages, 20 euros 90. sortie le 2 avril 2026.
- Impasse Verlaine : premier roman de dalie Farah, récompensé par neuf prix littéraires ↩︎


