Il fallait oser s’attaquer au personnage de Shéhérazade et à l’œuvre des Mille et une nuits. Sophie Fontanel a derrière elle une longue carrière de journaliste. La voilà ici historienne, hantant les bibliothèques, interrogeant les conservateurs de patrimoine, les magasiniers spécialisés. Pour se demander s’il est légitime d’écrire sur une telle légende. Et si cela intéresse les gens. Et pourquoi pas ?
Sophie, la narratrice et auteure, se souvient de vacances à Venise avec sa tante Anahide, issue de la branche arménienne de la famille. Fantasque et attachante, la tante assène des vérités qui, par miracle, deviennent des vœux réalisés. Ainsi, elle transmet à sa nièce l’envie de lire les Mille et une nuits, parce que, n’est-ce pas, Shéhérazade est forcément arménienne. Tout ce qui est beau et intelligent est forcément arménien. Sauf que l’exemplaire que lui tend Anahide est en italien. Sophie ne parle pas italien. Qu’à cela ne tienne, entre langues latines, on se comprend. Anahide veut que sa nièce écrive un jour la vraie histoire de Shéhérazade. Ce sera son héritage. Et Sophie, après la mort de sa tante, s’empare du mythe.
Ce page turner alterne les séquences de la vie de Sophie, livrée à ses recherches et à ses réflexions, et les mises en scène de Shéhérazade chaque nuit. Cet ancrage dans l’ici et maintenant permet de lester cette légende si ancienne et de nous la faire vivre de manière charnelle.
La force de ce roman est de rendre l’histoire de Shéhérazade contemporaine, d’en faire une figure féministe, ce qu’elle a probablement été à l’époque. Une femme volontairement confinée avec un roi sanguinaire et qui réussit à survivre par l’intelligence, la ruse et la psychologie. Par la parole, elle libère les femmes.
Connue et méconnue à la fois, la valeureuse épouse méritait un beau portrait.
Shéhérazade et la 602e nuit, de Sophie Fontanel (Seghers), 311 pages, 21 euros


