Aujourd’hui, le Bus Palladium est devenu un hôtel cinq étoiles. Pourtant, l’esprit de ce que fut « le Bus » flotte encore dans les lieux : celui d’un véritable temple du rock parisien.
De l’époque, la mythique discothèque en sous-sol a conservé sa boule à facettes. Les murs en béton brut, les poignées de porte en forme de micro, les interrupteurs inspirés des amplis, ainsi que les collections de vinyles et de cassettes audio, rappellent les années 1980. Dans les chambres, les peignoirs couleur camel donnent des airs de rock star, tandis que les jeux de lumière évoquent les scènes de concert.
De 2010 à 2022, Cyril Bodin en fut le directeur artistique. Le club doit d’ailleurs son nom aux navettes nocturnes mises à disposition des banlieusards pour rejoindre Paris.
En 1965, le Bus est le royaume du jerk — ou plus précisément du monkiss. Un mode d’emploi de cette danse y est même distribué. Tout Paris vient alors se déhancher dans ce haut lieu des beatniks, « plein de beatniks, de monkiss, de patchouli et de clopes plus ou moins bien roulées ».
Déjà salle de concerts, le Bus fédère très tôt les amateurs de musique live. À cette époque, Stone et Charden comptent parmi les habitués des lieux.
Puis arrive le Le Palace, qui porte un coup dur au club : une partie des fidèles déserte le Bus. Mais quelques mois plus tard, les bacheliers des beaux quartiers s’y installent à leur tour, redonnant un nouveau souffle à l’établissement.
Le succès du Bus doit beaucoup à Josy, figure incontournable des nuits parisiennes, souvent décrite comme « la Régine du coin ». Physionomiste, puis caissière avant d’être propulsée à la direction, elle devient l’âme même du club. Car une boîte de nuit, ce sont avant tout les gens qui la font vivre : son personnel comme son public.
C’est également ici qu’Alain Bashung reçoit le Bus d’Acier en 1981, année de l’élection de François Mitterrand. Plus tard, Carte de Séjour devient le premier groupe de rock français à chanter en arabe. Peu à peu, la new wave, le reggae puis le jazz-rock remplacent le jerk des débuts.
Le cinéma s’invite lui aussi dans cette aventure nocturne : Éric Rohmer, Fabrice Luchini ou encore Cédric Klapisch viennent s’y encanailler.
Car au fond, le Bus Palladium reste avant tout une longue histoire d’amitié, de musique et de nuits parisiennes.
La véritable histoire du Bus Palladium, de Cyril Bodin, publié aux Éditions Erick Bonnier, 250 pages, 21 euros.


