Qui est Sarah Ourahmoune ? Une jolie brune très active sur les réseaux sociaux. Une, deux, une, deux, elle filme ses entraînements fitness à la maison. Dans ce récit, Frapper juste, que l’on devrait faire circuler dans les écoles, l’autrice s’emploie à démontrer en quoi le noble art construit une personnalité équilibrée.
Mais Sarah O., c’est d’abord cette Française, championne du monde de boxe anglaise parmi les plus médaillées. Et vice-championne olympique. Une tête bien faite aussi, pas seulement une droite efficace, puisque la sportive a pu intégrer les filières réservées aux athlètes et sortir de Sciences Po Paris avec un master en communication.
En dehors de ses fonctions dans divers conseils d’administration, elle a développé en 2011 Boxer Inside, association dont la mission est d’utiliser les valeurs positives de la boxe — endurance, ténacité, empathie, faculté d’adaptation, sens de l’observation — comme levier d’engagement durable, sur le plan mental comme sur le plan physique.
Cela s’adresse aux cadres en entreprise. Pour le manager, le sport aide à la gestion des équipes, comme le coach fait des feed-back pendant la minute de repos. Le programme est aussi adapté à la jeunesse. Les conférences, formations et aides aux devoirs dans ses clubs à Aulnay-sous-Bois, au Blanc-Mesnil et à Paris 13e sont dispensées dans des salles de coworking. Une académie accueille les jeunes de 10 à 17 ans à la journée, pour des ateliers autour de la prise de parole, de la gestion financière, de l’engagement citoyen, ainsi qu’une sensibilisation à la précarité et à l’environnement.
Elle multiplie les compétences : ambassadrice de l’inclusion par le sport, consultante pour Eurosport aux JO de Tokyo 2020.
Il faut dire que Sarah a été à bonne école.
Ado, elle est réservée. Sa mère l’encourage à tâter des arts martiaux pour mieux s’affirmer. Elle pousse la porte de Boxing Beats, la salle de boxe de Saïd Bennajem à Aubervilliers (93). À l’époque, avant 1997, la boxe est interdite aux femmes en compétition. Saïd l’encourage, la valorise, la forme. Avant l’heure, l’entraîneur et boxeur enseigne la boxe, mais propose aussi du soutien scolaire dans une salle aménagée au-dessus des rings. Il se fait le relais entre l’école et les parents. La boxe et le foot ont toujours été l’école de la deuxième chance.
Douée pour la boxe, Sarah en fait son métier. Sa plus belle réussite professionnelle ? « Pouvoir rester dans ma passion et développer des programmes pour les femmes et pour les hommes. » Pour anecdote, le doyen de ses cours a 70 ans. Pendant la mise de gants, il fait du vélo statique. Chacun son niveau et ses attentes.
En 2021, elle lance un programme d’empowerment pour les femmes, « Les Puncheuses », qui mêle boxe et développement personnel et professionnel. Résultat : ses clubs sont pleins de jeunes et de moins jeunes, de femmes sans emploi, employées ou cadres, qui souhaitent bénéficier d’un enseignement physique axé sur la prise de parole et l’émancipation. « Notre credo : démocratiser la boxe, pas fabriquer des champions. »
Ça transforme, la boxe. On prend sa place sur un ring, on se regarde en face, on transpose ces acquis dans la vie quotidienne. Outil d’émancipation aussi pour les femmes qui n’osent pas la mise de gants avec des hommes, pour des questions de crainte, de sentiment d’insécurité. Petit à petit, elles changent souvent d’optique et prennent davantage confiance en elles. C’est ainsi que l’on peut voir un cours où une femme en mini-brassière et une autre voilée se lancent des directs ou des uppercuts. C’est cela, l’inclusion : le sport comme levier d’affirmation de soi.
La Légion d’honneur lui est remise en 2023.
Frapper juste, de Sarah Ourahmoune, Équateurs, 144 pages, 16 euros.
Crédit photo : Marie Lopez-Vivanco


