Dix femmes, dix luttes, dix pays, dans « Les Échappées »

À la tête de deux agences de communication parisiennes, Renaud Blondel est aussi un grand voyageur. Dans ce récit bref, presque au format snack, on traverse des atmosphères, des paysages, des odeurs. Mais surtout, on entre dans des réalités sociales et politiques où la condition féminine se heurte encore aux traditions, aux violences et aux dominations.

L’auteur retrace la vie de Yayi, femme pêcheuse au Sénégal, dans un métier longtemps réservé aux hommes ; de Hiyori, femme sumo au Japon, qui s’approprie là encore un bastion masculin ; de Nadia, Afghane, qui réussit à mener une carrière sportive aux États-Unis ; de Teodora, détenue au Salvador après une IVG ; et de plusieurs autres femmes aux trajectoires cabossées.

Mais il y a, dans ces récits, une forme de lumière : toutes ces femmes, après avoir subi l’injustice, ont trouvé la force de militer pour améliorer la condition féminine dans leur pays.

De retour du Tadjikistan, Renaud Blondel nous confie avoir eu le déclic de ce livre en découvrant dans la presse le destin de Ji, transfuge de la Corée du Nord vers la Corée du Sud. Après son propre voyage en Corée du Nord, il est frappé par cette histoire : celle d’une femme passée par les camps de rééducation, la misère, puis par les dangers de la fuite, ces femmes étant souvent la proie de proxénètes chinois après le passage de la frontière. Aujourd’hui, Ji vit à Séoul. Activiste, elle dirige des associations d’aide aux Nord-Coréens.

Quant à Zita, originaire des Philippines, elle a vécu des années comme esclave moderne auprès d’une famille aisée du 16e arrondissement de Paris. Comme tant d’autres. Mais sa voix à elle est singulière, car elle possède depuis toujours ce recul qui lui permettra de riposter. Les Vidal sont une famille bourgeoise ordinaire, de celles qui donnent aux associations locales et préparent des gâteaux pour la kermesse de l’école. Bonne d’enfant, femme de ménage, Zita est corvéable du matin au soir. Les Vidal lui confisquent son passeport et la paient quand bon leur semble. La fuite sera son salut. Une association lui vient en aide. Zita découvre alors qu’elle a des droits, pas seulement des devoirs. Elle deviendra la porte-parole des victimes de la traite des êtres humains.

Autre histoire édifiante, qui concerne hélas tant de femmes : celle de Laxmi, Indienne défigurée par une attaque à l’acide. Aujourd’hui, Laxmi, avec son visage reconstruit, représente aussi une autre image de la beauté indienne. Son combat a contribué à faire évoluer la loi et à durcir les peines contre les auteurs d’attaques à l’acide.

Les Échappées, de Renaud Blondel, éditions Erick Bonnier, 192 pages, 18 euros.

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