Zones à défendre, la guerre des convictions

Ce deuxième roman est en lice pour le prix Alain Spiess du deuxième roman, dont la deuxième sélection sera annoncée le 16 octobre.

Bénédicte Dupré la Tour aime plonger dans des univers contemporains, traversés par les préoccupations de notre époque. Ici, Clémence est une ingénieure missionnée pour installer un centre de stockage de déchets dans le village de sa mère.

Sylvie, sa mère, est devenue complotiste pendant le Covid. Catholique pratiquante, raciste — l’un n’empêche pas l’autre —, elle croit aux antivax et aux médecines alternatives. Sa fille revient après cinq ans d’absence. Chaque fête de Noël ou de Pâques devient alors un huis clos dans la maison de l’enfance.

Sans oublier Tristan, le frère poète, anarchiste et révolutionnaire, qui vit dans un squat miteux. Un vrai clochard céleste.

Dans ce jeu de miroirs à trois, chacun défend bec et ongles sa vision du monde. L’ambiance est pesante et les vieux comptes non réglés menacent de refaire surface à tout moment.

D’où lui est venue cette idée de scénario ?

En 2020, Bénédicte Dupré la Tour effectue un trajet en covoiturage avec une femme ingénieure et sa mère, complotiste. Sept heures d’engueulades. L’écrivaine prend des notes.

La psychologie du complotisme l’angoisse beaucoup. Elle en a elle-même inventé « des tartines », dit-elle, comme pour évacuer cette anxiété.

Le monde des déchets, elle le connaît bien. Dans une autre vie, elle a travaillé dans ce domaine : centres de tri, usines d’incinération, etc. Symboliquement, ces déchets renvoient aussi à nos propres ordures intérieures.

« Cela interroge notre finitude, dit-elle. Nous sommes voués à devenir des restes. »

Que dire de l’écriture ? Fine, précise, la langue de l’auteure colle parfaitement aux univers explorés.

Un merveilleux moment de littérature.

Zones à défendre, Bénédicte Dupré la Tour, Flammarion, 352 pages, 21,50 €.

Crédit Photo : Céline Nieszawer

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