Faire la peau, récit d’un matricide

Avec Faire la peau, son quatrième livre, publié chez P.O.L, Louise Chennevière impose sa voix dans le paysage littéraire français. Elle donne le ton dès le début : « J’ai toujours attendu la mort de ma mère. » On parle volontiers de tuer le père, mais rarement de tuer la mère.

Fille d’un père musicien, Louise fait les frais d’une mère instable, championne du double discours et des paroles castratrices, qui fait de sa fille son mini-me.

Les parents sont séparés. Le père ne peut plus jouer pleinement son rôle de tiers séparateur, même s’il voit l’enfant régulièrement. Et Louise, sans bouclier, prend tout en pleine face : l’amour-haine de la mère, la fusion dévastatrice, sa manière de vivre entourée d’une bande de pique-assiettes, amis d’une heure et ennemis pour toujours ; de consommer la mode de manière boulimique et de construire des châteaux en Espagne ; de piquer des crises mémorables.

L’enfant grandit de guingois, se faisant toute petite pour tâcher de se faire aimer de cette géante. En vain. Le malentendu est épais, la rencontre n’a jamais lieu.

Ce texte-confession est une plongée dans la névrose de l’une et la détresse de l’autre, qui tente malgré tout de survivre. « Je bouffe-je dégueule » sera sa riposte, sa façon de remettre de la distance et de redéfinir les contours de son moi-peau. De quitter ce monstre à deux têtes.

Elle parle de sauvagerie, cite Duras : « toutes les mères sont folles », convoque Sophocle et le cas de Camille Claudel, persécutée par sa mère. « Ce n’est pas forcément sauvage, une relation mère-fille, ce n’est pas normal en tout cas », dit-elle en interview.

Faire la peau : violent et organique. Comme peut l’être un accouchement. Celui de ce texte semble, lui, jubilatoire. Une manière de dire adieu à la mère, ou du moins de tenter de s’en séparer enfin.

Le livre figure dans les premières sélections du prix Goncourt et du prix Philippe Sollers. Louise Chennevière est par ailleurs pensionnaire à la Villa Médicis pour l’année 2026-2027.

Faire la peau, Louise Chennevière, éditions P.O.L, 288 pages, 21 euros.

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