Le Bureau des Audacieuses : quand les femmes prennent la plume

Une salle de rédaction à la fin du XIXe siècle. Rien n’a changé au XXIe siècle, sinon que les e-mails ont remplacé les pneumatiques, les Vélib’ les fiacres et les casquettes les hauts-de-forme. Toujours la même émulation, les open spaces et la course au sensationnel. Et la grande différence : les femmes font une entrée timide dans le journalisme au XIXe siècle.

Inspiré d’une histoire vraie, celle du premier journal écrit et dirigé par des femmes, Le Bureau des Audacieuses dresse le portrait de Séverine (Caroline Rémy), qui refuse le destin réservé aux femmes par l’Église et la société. Elle a appris à coudre, à broder, à sourire et à tenir ses couverts en argent. Mais non. Elle sera journaliste, sinon rien. Au Cri du peuple. En 1885. Bien avant l’affaire Dreyfus (1894-1906).

À la mort de Jules Vallès, le fondateur du journal, Séverine prend la direction de ce journal révolutionnaire et socialiste.

C’est compter sans le machisme ambiant. Elle a beau assurer la relecture, traquer les fautes et les coquilles avec maestria, on lui trouvera toujours des poux. Une faiseuse d’anges est arrêtée. « L’émotion est vive dans le voisinage, car les parents, paraît-il, sont d’une respectabilité irréprochable. » « On ne tombe pas enceinte toute seule », rétorque Séverine. Il fallait la parole d’une femme pour pointer la responsabilité masculine dans une grossesse. Qu’importe. Madame, mademoiselle ? Grande est la tentation de renvoyer les femmes aux casseroles.

L’époque a aussi son Zemmour : le rédacteur en chef Rochefort, nationaliste et antisémite.

Rester en poste n’est pas une sinécure… Séverine multiplie les stratégies : signer ses articles sous pseudonyme, pratiquer le journalisme d’immersion et mener des enquêtes. Elle dénonce la misère ouvrière, les conditions de travail dans les mines et la violence policière. Ses robes du matin sont tachées d’encre, au grand désespoir de sa gouvernante, qui peine à lui en faire changer. Séverine s’engage ensuite dans l’affaire Dreyfus aux côtés de Zola et participe aux premiers combats féministes.

Le Bureau des Audacieuses, de Mélanie Sadler, éditions La Tribu, 384 pages, 22 euros.

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