Le Parlement européen a adopté, jeudi 8 octobre, une résolution appelant à une stratégie commune contre l’entrisme islamiste et l’influence des réseaux des Frères musulmans. Pour la première fois, cette question fait l’objet d’un texte spécifique à l’échelle de l’institution européenne. Une avancée dans la reconnaissance d’un enjeu que les défenseurs de la laïcité soulèvent depuis plusieurs années.
Par 381 voix contre 167 et 15 abstentions, le Parlement européen a adopté une résolution demandant à l’Union européenne de renforcer son action contre l’entrisme islamiste. Le texte vise particulièrement l’influence des réseaux liés aux Frères musulmans, organisation née en Égypte en 1928 et dont l’idéologie a profondément marqué l’histoire de l’islam politique contemporain.
La résolution demande notamment l’élaboration d’une méthode européenne permettant d’identifier les stratégies d’entrisme, un contrôle renforcé des financements publics et l’examen des conditions juridiques d’une éventuelle inscription de certaines entités liées aux Frères musulmans sur la liste européenne des organisations terroristes.
Il ne s’agit pas encore de mesures contraignantes. Mais ce vote marque une évolution politique : la question de l’influence islamiste dans les institutions et la société civile n’est plus abordée uniquement à l’échelle nationale.
Défendre la laïcité face à l’islam politique
L’entrisme islamiste ne se résume pas à la violence terroriste. Il renvoie à des stratégies d’influence visant à faire progresser un projet politico-religieux au sein des institutions, des associations et de l’espace public.
Cette distinction est essentielle. L’islamisme constitue un projet politique qui entend donner à des normes religieuses une autorité sur l’organisation de la société. Il doit être distingué de l’islam en tant que religion et de la liberté individuelle de croire ou de ne pas croire.
Pour une démocratie laïque, la question est fondamentale : aucune doctrine religieuse ne doit pouvoir imposer ses prescriptions à l’ensemble des citoyens.
La laïcité garantit la liberté de conscience. Elle protège aussi bien le croyant que l’athée, la femme qui choisit de pratiquer une religion que celle qui décide de s’en affranchir. Elle implique que les droits individuels ne soient pas subordonnés à une autorité spirituelle.
C’est pourquoi la lutte contre l’islamisme politique ne saurait être réduite à une question sécuritaire. Elle concerne également l’égalité entre les femmes et les hommes, la liberté d’expression, le droit de critiquer les religions et l’indépendance des institutions publiques.
Les financements et les réseaux d’influence dans le viseur
La résolution européenne appelle à une vigilance accrue concernant l’utilisation des fonds publics et les stratégies d’influence des organisations liées aux réseaux islamistes.
Cette orientation répond à une exigence démocratique : les financements européens doivent être transparents et conformes aux principes fondamentaux de l’Union, notamment l’égalité et la non-discrimination.
Le Parlement demande également au Conseil d’examiner si certaines personnes ou structures liées aux Frères musulmans remplissent les critères permettant leur inscription sur la liste européenne des organisations terroristes. Cette démarche ne constitue pas, à ce stade, une désignation terroriste.
L’enjeu est désormais de traduire cette volonté politique en instruments juridiques précis et applicables.
Une première étape qui appelle des actes
Le vote du 8 octobre ne met pas fin à l’influence de l’islamisme politique en Europe. Il ne crée pas non plus, à lui seul, de nouveaux mécanismes de contrôle.
Il représente néanmoins une étape dans la reconnaissance institutionnelle des stratégies d’entrisme et de leurs implications pour les démocraties européennes.
La défense de la laïcité ne consiste pas à combattre les croyances, mais à refuser qu’une idéologie religieuse prétende organiser la vie collective au détriment de la liberté de conscience, de l’égalité et des droits individuels.
La liberté religieuse appartient aux individus. Elle ne donne à aucune organisation politique le droit d’imposer ses convictions à la société.
Le Parlement européen a posé les premiers jalons d’une réponse commune. Il appartient désormais aux institutions européennes et aux États membres de déterminer les suites concrètes à donner à cette résolution.


