À Paris, au cœur du 20ᵉ arrondissement, une semaine particulière s’apprête à faire vibrer mémoire et engagement. Organisé par l’Association de Culture Berbère (ACB), le Printemps des libertés ne se limite pas à une commémoration : il s’affirme comme un espace vivant, où l’histoire dialogue avec le présent.
Derrière cet événement, une ambition claire : faire du souvenir des Printemps berbères d’avril 1980 et d’avril 2001 non pas un héritage figé, mais un levier d’action. Deux moments fondateurs, inscrits dans la mémoire collective, qui continuent d’irriguer les combats contemporains pour les libertés, la démocratie et la reconnaissance culturelle.
Une mémoire en mouvement
L’ACB refuse la posture du musée. « Se placer dans le mémorial », figer le passé dans une forme de nostalgie, n’est pas sa vocation. L’association revendique au contraire une mémoire active, portée par celles et ceux qui en héritent.
En avril 1980, en Kabylie comme à Alger, des milliers de manifestants se mobilisent pour défendre leur langue et leur culture, défiant une politique d’arabisation imposée. La répression est brutale, mais le mouvement marque un tournant historique.
Vingt ans plus tard, en 2001, le Printemps noir rappelle la fragilité de ces acquis. La mort de Massinissa Guermah déclenche une vague de contestation violemment réprimée, faisant des dizaines de victimes. Ces événements, loin d’appartenir au seul passé, continuent de structurer une conscience politique et culturelle.
C’est cette continuité que le Printemps des libertés cherche à incarner : non pas commémorer pour commémorer, mais transmettre, questionner, prolonger.
Une culture qui agit
Fondée à Paris à la fin de l’année 1979, l’ACB s’inscrit dans une tradition d’engagement où culture et citoyenneté sont indissociables. D’abord centrée sur la transmission linguistique et artistique, l’association a progressivement élargi son champ d’action : accompagnement social, permanences juridiques, initiatives éducatives.
Aujourd’hui encore, elle assume une ligne claire : faire de la culture un outil d’émancipation. La semaine du Printemps des libertés en est l’illustration la plus visible. Conférences, projections, concerts : autant de formats qui permettent de relier les luttes amazighes à des enjeux universels, comme la laïcité, les droits des femmes ou encore la pluralité culturelle.
Les temps forts d’une semaine engagée
Fadhma N’Soumer, mémoire d’une résistance féminine
Le coup d’envoi sera donné le 19 avril au cinéma Le Trianon, à Romainville, avec la projection du film Fadhma N’Soumer de Belkacem Hadjadj. Ce portrait d’une figure majeure de la résistance à la colonisation française rappelle le rôle central des femmes dans les luttes historiques. La projection sera suivie d’un échange avec le réalisateur et le poète Ben Mohamed.
Langues et résistances : la force des mots
Le 22 avril, la MJC des Hauts de Belleville accueillera un café poétique réunissant des voix venues de Kabylie, de Bretagne et d’Occitanie. Au-delà de la diversité des territoires, un même fil conducteur : la langue comme espace de résistance, de transmission et d’identité.
Idir, une mémoire qui relie
Le 25 avril, un hommage sera rendu à Idir au square qui porte désormais son nom, dans le 20ᵉ arrondissement. Chants, prises de parole et recueillement célébreront une œuvre devenue universelle, capable de traverser les générations et les frontières.
Clôture : une scène pour l’engagement
Le 26 avril, au Cabaret Sauvage, la soirée de clôture réunira plusieurs artistes autour du concert « Des mots pour résister ». Ali Amran, figure de la nouvelle scène kabyle, y portera une parole libre et engagée, aux côtés de Ben Mohamed, Azal Belkadi et du trio breton Amzeri.
Faire de la mémoire un acte
Plus qu’un événement culturel, le Printemps des libertés pose une question simple : que fait-on de l’héritage ?
L’ACB apporte une réponse sans ambiguïté : la mémoire n’a de sens que si elle agit.
Dans un contexte marqué par les tensions identitaires et les crispations politiques, cette initiative rappelle une chose essentielle : la culture n’est pas un refuge, mais un espace de confrontation, de transmission et de construction collective.


